Aurélien Pradié : « Pour gagner, la droite doit s’adresser aux Français »

Député du Lot et secrétaire général des Républicains, Aurélien Pradié tire la sonnette d’alarme. Il appelle les candidats à la présidentielle à droite à ne pas se tromper de cible et à « faire du pacte social une question aussi importante que le régalien ».
Les députés LR ouvrent ce jeudi leurs journées parlementaires à Nîmes. Tous les candidats à la présidentielle à droite y sont attendus, y compris Valérie Pécresse et Xavier Bertrand qui ne sont plus membres du parti. Aurélien Pradié, député du Lot et secrétaire général des Républicains, les exhorte à ne pas délaisser « la question sociale ».
Vous aviez appelé les candidats à droite à « se mettre d’accord pendant l’été ». Non seulement cela n’a pas été le cas mais les sondages se resserrent. LR peut-il encore échapper à une primaire ?
Il faudrait être fou ou parfaitement irresponsable pour maintenir une candidature au risque d’être deux sur la ligne de départ. Parmi tous les candidats avec qui j’ai échangé cet été, je n’ai trouvé aucun fou, ni aucun irresponsable. L’option du suicide n’existe pas. Le moment venu, nous n’aurons qu’un seul candidat ou une seule candidate. Je peux l’affirmer sans être naïf. Par rapport aux présidentielles passées, où la droite se supposait assez forte pour se diviser, c’est une nouveauté. Pour ce qui est de la primaire, je n’ai pas changé de position même si je m’en remettrai à l’avis des adhérents du mouvement : j’y suis hostile.
Pour quelles raisons ?
Parce que je considère que la primaire est une manière de s’en remettre à un système et de ne plus prendre ses responsabilités individuelles. C’est une pathologie de notre époque : tout vouloir organiser par des protocoles. La vie politique, l’élection présidentielle singulièrement, est tout sauf une affaire de protocole. La seconde raison, c’est que la primaire conduit à un rétrécissement. Tant que nous avons le spectre de la primaire, les candidats putatifs ont tendance, pour des raisons tactiques, à ne s’adresser qu’au corps électoral de la primaire, donc à réduire leur discours. C’est un entonnoir qu’on prendrait à l’envers.
C’est-à-dire ?
Le temps de la primaire, nous parlons de nous, uniquement de nous. Mais pour gagner, il faut s’adresser aux Français. Cela m’inquiète d’autant plus que, pendant ce temps, Emmanuel Macron tente, lui, de leur reparler. Les Français ne sont pas dupes de son imposture mais nous ne devons pas lui laisser cet espace. Jacques Chirac, en 1995, et Nicolas Sarkozy, en 2007, se sont d’abord adressés aux Français, puis à leur famille politique.
La surenchère à droite sur le régalien vous inquiète-t-elle ?
A force d’urgences, régaliennes et sanitaires, on en oublie la question sociale. Elle a presque disparu du champ politique, alors qu’elle est au cœur des préoccupations des Français et particulièrement des jeunes. Les candidats à droite doivent faire du pacte social une question aussi importante que le régalien. Car la promesse républicaine n’est pas qu’une promesse d’ordre ; c’est aussi une promesse de justice et, notamment, de justice sociale. Entre l’abandon de la promesse républicaine par la gauche au profit du communautarisme et le mépris empoisonnant d’Emmanuel Macron, il y a un espace politique considérable. Refonder le pacte social est une source d’espoir pour tout Français, d’où qu’il vienne et où qu’il vive.
Concrètement, quelles propositions aimeriez-vous voir portées ?
Pour moi, le premier sujet, c’est l’ascenseur social, ce qui passe par une vraie révolution de l’école afin de casser la reproduction sociale. La seconde priorité, ce sont les salaires, pas seulement leur augmentation, dont je vois qu’elle est désormais partagée par tous, y compris les plus libéraux. La vraie question est celle de la juste rémunération du travail, de l’adéquation entre rémunération, utilité sociale et mérite. On n’a rien réglé pour les infirmières ou les caissières, ces invisibles de la société en première ligne dans la crise du Covid. Quant aux métiers ubérisés, ils ont fabriqué une forme d’esclavage moderne. Il faut redonner du sens, notamment via l’intéressement et la participation qui ne doivent plus rester au stade des ajustements. Enfin, retrouvons le chemin des grandes causes capables de mobiliser toute une nation : le handicap, les violences faites aux femmes et aux enfants, l’environnement… La droite doit retrouver le goût des grandes causes qui a fait sa fierté par le passé et peut faire sa réussite pour l’avenir. L’histoire de la droite française est une histoire de conquêtes et d’audace. Une histoire d’aventuriers politiques.
Quel candidat a votre préférence ?
Celui qui avait ma préférence était François Baroin. Aujourd’hui, je n’ai pas fait de choix. J’ai besoin, comme les Français, de temps pour comprendre qui sera le ou la plus à même de porter un espoir. C’est pourquoi je plaide pour que nous laissions à tous les candidats le temps de faire leurs preuves d’ici la fin de l’année auprès des Français. La précipitation est souvent fatale en politique.
Que vous inspirent les propos d’Eric Ciotti, qui préférerait voter Eric Zemmour qu’Emmanuel Macron ?
L’immense défi de la droite républicaine, c’est de rassembler. Comme Emmanuel Macron, Eric Zemmour divise les Français. Il n’est pas question pour moi d’avoir la moindre bienveillance envers lui. Je vais plus loin : la tristesse que porte Eric Zemmour dans sa vision de notre société ne correspond pas à l’idée que je me fais de la droite républicaine. Les télévangélistes n’ont jamais fait de grand président. En l’occurrence, la droite du général de Gaulle n’est pas là pour être l’arrière-boutique des uns ou des autres. Elle ne peut qu’être la locomotive.
Emmanuel Macron semble tenté d’avancer sur la réforme des retraites, en commençant par les régimes spéciaux et la pension minimale. Pouvez-vous être contre ?
Emmanuel Macron est comme Matamore, ce personnage de la Commedia dell’arte qui passe son temps à conter ses exploits mais qui n’est en réalité qu’un pleutre. Ce qu’il envisage, ce sont des mesurettes qui ne régleraient ni la soutenabilité du système ni les injustices. C’est du marketing politique qui dit tout de ce qu’est Emmanuel Macron.
>> Lire l’interview sur LesEchos.fr
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Source: Actualités LR

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