Olivier Marleix : « Il faut du gouvernement des engagements fermes de réformes »

Le nouveau président du groupe LR à l’Assemblée nationale demande à l’exécutif « de faire preuve d’imagination » dans son projet de loi sur le pouvoir d’achat. Il suggère qu’une mission sur la « débureaucratisation » soit « rapidement confiée à un parlementaire de droite ».
Elisabeth Borne a envoyé dans sa déclaration de politique générale des messages appuyés sur les valeurs de la droite : travail, retraites, sécurité, finances publiques… Y avez-vous été sensible ?
La Première ministre a fait plusieurs clins d’oeil à la droite, associant même le mot souveraineté à mon nom. J’y ai été sensible parce qu’il y a cinq ans, la Macronie riait beaucoup quand je déplorais la vente d’Alstom ou d’Alcatel comme étant la perte d’éléments essentiels de souveraineté. Sur la méthode, nous sommes aujourd’hui tous contraints à innover, c’est la volonté des Français .
Vous êtes donc prêt à faire des gestes ?
Nous sommes des opposants, mais c’est une responsabilité pour nous aussi d’essayer d’avancer. J’y vois une opportunité. Depuis cinq ans, on nous a claqué la porte au nez. Nous avons des désaccords profonds avec le président de la République mais nous n’avons pas été élus pour bloquer.
Refuserez-vous de voter le projet de loi sur le pouvoir d’achat s’il ne reprend pas votre proposition de prix à la pompe à 1,50 euro le litre ?
Nous verrons ; le dialogue commence. Le Parlement est fait pour parlementer. Nous prendrons nos responsabilités en fonction de l’utilité de ce texte.
Ce n’est plus une « condition sine qua non » ?
Je n’ai jamais été dans le chantage. Ce que nous demandons au gouvernement, c’est de faire preuve d’imagination pour réduire le prix de l’essence à la pompe et le rapprocher le plus possible d’un objectif d’1,50 euro . Parce que c’est un impôt injuste ciblé sur la France qui se lève tôt pour aller travailler et qui ne s’en sort pas. Un salarié de McKinsey qui part à son bureau en patinette électrique parce qu’il habite le 6e arrondissement de Paris n’est pas concerné par la taxation des carburants. Mais tout ne se résume pas non plus au 1,50 euro par litre.
Pourriez-vous vous rejoindre sur une autre mesure ciblée sur ces Français-là et pas sur une mesure générale ?
Nous ne voulons pas d’une usine à gaz. Or c’est très exactement ce que Bercy est en train de construire avec l’indemnité carburant. Nous militons au moins pour une suppression de la taxe sur la taxe, la TVA sur la TICPE, qui permettrait de faire gagner au moins 14-15 centimes par litre. Ça fait peur à Bercy parce que ce serait une dépense pérenne, mais c’est un sujet majeur. Le premier « profiteur de l’inflation », c’est l’Etat. Il n’est pas illégitime de rendre cet argent aux Français.
A combien chiffrez-vous votre proposition, trop coûteuse selon l’exécutif, à 1,50 euro le litre ?
Bruno Le Maire, qui parle de 50 milliards, a des problèmes avec les chiffres. 50 milliards, c’est la totalité du produit des taxes sur le carburant, ce que nous ne proposons nullement. L’institut Montaigne l’avait estimé entre 5 et 10 milliards avec un prix de l’essence à 1,87 euro, donc c’est sans doute un peu plus aujourd’hui. Ce qui est en revanche certain, c’est que la Première ministre nous a invités au dialogue. J’invite le ministre de l’Economie à écouter le discours d’Elisabeth Borne et à ne pas enrayer, avant de commencer, l’esprit de compromis souhaité par la Première ministre.
Bruno Le Maire a ironisé sur ceux qui veulent garantir le prix de l’essence à 1,50 euro tout en redressant les finances publiques : « Ils doivent avoir deux fils qui se touchent dans la tête »…
Tout cela est savoureux venant du ministre de l’Economie qui aura le plus augmenté la dette dans l’histoire du pays et porté le déficit commercial au niveau record de 100 milliards. Le précédent quinquennat a été particulièrement catastrophique sur la politique énergétique et sur la dette. Absolument rien n’a été fait pour réduire les dépenses, 70.000 postes de fonctionnaires ont été créés et on n’a pas profité de la forte croissance et des taux d’intérêt négatifs pour se désendetter. Le gouvernement commence aujourd’hui à parler du risque de dette insoutenable, mais il faut des actes !
Dès le projet de loi de finances rectificatives ?
On ne va pas pouvoir tout faire dans ce texte, bien sûr, mais il faut des premières mesures tangibles d’économies et des engagements fermes de réformes. Par exemple sur les retraites, un chantier qui devrait être lancé sans délai.
Quels amendements proposerez-vous pour réduire les dépenses ?
Nous avons identifié trois axes. D’abord la lutte contre la fraude sociale . La Cour des comptes estime que l’on pourrait réaliser 15 milliards d’économies. Un exemple simple : la mise en oeuvre de la carte Vitale biométrique alors que l’on sait que 3 millions de cartes en doublon circulent. Autre mesure : l’obligation d’attester auprès des autorités locales que la personne est toujours en vie pour le versement des retraites à l’étranger, la France étant le seul pays à ne pas le demander. Le deuxième axe porte sur la fraude fiscale. Il faut notamment lutter contre les abus sur les prix de transfert, qui permettent à des entreprises comme Mc Kinsey de ne pas payer d’impôt en France. C’est une question d’équité pour nos PME.
Ce n’est pas un sujet simple à régler par amendement…
Il faudrait déjà un engagement politique du ministre de l’Economie de mettre les moyens pour le régler. Même chose pour le troisième axe : un grand plan de débureaucratisation doit être engagé. Nos administrations centrales ne cessent de croître alors que les services de l’Etat sur le terrain sont exsangues. Je verrais d’un bon oeil qu’une mission soit rapidement confiée à un parlementaire de droite sur ce chantier de débureaucratisation.
Quelle sera votre position sur la hausse des minima sociaux et le chèque alimentaire ?
Il est sans doute nécessaire de revaloriser les minima sociaux avec une inflation à 5 % , mais ce qui est choquant, c’est la façon qu’a le gouvernement de « couper les Français en tranches ». Certains ont droit à des chèques et d’autres pas. Et en général, ceux qui travaillent et qui gagnent plus de 1.500 euros par mois n’ont droit à rien. Voilà pourquoi nous revendiquons des mesures plus générales, comme sur le prix de l’essence, et qui revalorisent le travail et pas que les revenus d’assistance. Baisser les cotisations et la CSG, cela coûte cher, sans doute, mais cela oblige à faire des économies ailleurs. L’ADN d’Emmanuel Macron reste celle d’un social-démocrate qui pense que tout se résout toujours par la redistribution sans jamais se poser la question du niveau des dépenses.
Que demandez-vous sur les heures supplémentaires ?
La suppression des charges patronales afin de réactiver ce levier dans les entreprises. C’est bien de dire qu’on préfère le travail, mais il faut des actes. Il serait bon aussi que l’exécutif s’engage, avec un calendrier précis, sur la suite de la réforme de l’assurance-chômage. Il n’est pas normal par exemple d’indemniser des chômeurs qui, après un CDD, refusent une embauche en CDI.
Faut-il sanctionner les entreprises « qui se gavent », comme le souhaite le député LR Aurélien Pradié ?
Je ne reprocherais jamais à une entreprise de faire des bénéfices. Je m’interroge néanmoins sur les entreprises du secteur de l’énergie qui ont accès à une électricité bon marché via l’ARENH et qui voient leurs bénéfices augmenter.
En ne demandant pas de vote de confiance, la Première ministre n’a-t-elle pas rendu service à la droite, qui n’a pas eu à se positionner ?
Les 62 députés de mon groupe doivent leur élection davantage à eux-mêmes qu’à leur étiquette politique. Du coup, nous ne sommes pas un groupe caporalisé. La discipline de vote n’a jamais existé chez nous. Chacun est libre de voter selon ses convictions. Mais de toute évidence, personne chez nous n’aurait voté la confiance au gouvernement de madame Borne .
>> Lire l’interview sur LesEchos.fr
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Source: Actualités LR

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