Édito de Benoît Schneckenburger publié le 21 octobre 2019 dans l’Heure du Peuple.

Passer sous le radar est une expression métaphorique qui signifie que des individus, des phénomènes sont passés inaperçus. On parle aussi de signaux faibles. Aujourd’hui il semble que l’on devrait plutôt parler de brouillage ou de brouillard. En effet la surabondance des données informationnelles par les multiples médias semble finalement occulter notre perception. Un buzz en suit un autre. Une polémique lancée par un tweet enfle, masque tous les phénomènes, et accapare notre intellect. Nous sommes sommés de répondre à l’actualité et ne pouvons plus prendre le temps de l’analyse, sans laquelle il ne saurait y avoir d’action authentique, mais de simples passions, lesquelles ne désignent pas seulement les émotions – pourtant surabondantes sur nos écrans – mais toute situation dans laquelle nous subissons de l’extérieur.

La maîtrise du calendrier politique reste ainsi un enjeu qu’il faut prendre en charge. Sinon les plateaux télévisuels en continu, les flux Twitter et autres timelines nous placent dans un brouillard épais. Dans le mouvement stochastique du monde, nous en oublions de prendre la mesure des mobilisations sociales qui dessinent un autre paysage que celui des commentateur·rices patenté·es. Nous assistons partout à des manifestations de rue, alors que cette forme de revendication semblait de nouveau révolue. Certes, elles paraissent probablement toutes différentes, et pas toujours progressistes. Pourtant elles attestent d’une forme de contestation de l’ordre établi, et plus encore des faiseurs d’ordre qui voudraient continuer à gérer les affaires du monde sans que le peuple ne s’en mêle. Peu à peu, à la simple indignation que prônait Stéphane Hessel, émerge des formes de désobéissance. Si elles ne sont plus le fait de seules minorités, et qu’elles s’élargissent à des groupements de masse, sans doute que les pouvoirs pourraient trembler : des boycotts aux actions de désobéissance écologique, c’est toute l’oligarchie qui est visée. Ce pourquoi les moyens de répression ne cessent de monter en violence. Les militant·es sont arrêté·es par centaines en Algérie, le Lawfare touche aussi bien des dirigeant·es politiques – comme Lula ou les élus catalans – que les centaines de citoyen·nes arrêté·es et poursuivi·es pour des actes sans violence, des décrocheur·ses de portraits présidentiels ou des preneur·ses d’images indépendant·es. Par leurs actions courageuses, ils et elles permettent de nous sortir du brouillard.
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Source: Actualités La France insoumise

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