Jean Leonetti : « L’euthanasie ne résoudra pas toutes les problématiques de fin de vie »

Opposé à la légalisation d’une aide active à mourir, l’ancien député (LR) défend la « troisième voie » française : ni acharnement thérapeutique ni euthanasie, mais soulagement de la souffrance des malades.
Que pensez-vous de la proposition de loi qui arrive en débat à l’Assemblée nationale ?
Ce texte arrive au plus mauvais moment, en fin de mandat et au milieu d’une crise sanitaire. Il semble très paradoxal et même inquiétant de proposer un droit à la mort dans un contexte où l’on cherche à protéger les plus fragiles. Un texte mal ficelé, mauvaise copie de la loi belge sur l’euthanasie et examiné à la va-vite ne peut pas peut permettre d’aborder de manière sereine un sujet aussi complexe, intime et douloureux. Les conditions pour obtenir l’unanimité ou une large majorité – qui sont la marque des lois bioéthique et sur la fin de vie en France – ne sont évidemment pas réunies. Il faudrait organiser des états généraux pour permettre aux grands courants de pensée de s’exprimer et aux Français de se saisir des enjeux de la fin de vie.
Pourquoi s’opposer à la volonté des personnes qui réclament une fin de vie « libre et choisie », un « droit à mourir dans la dignité » ?
Les partisans de la légalisation de l’euthanasie disent que leur choix n’enlèverait rien à ceux qui y sont opposés. Ils oublient le caractère normatif, universel de la loi et sa portée symbolique. Quand un texte dit que vous avez le droit de donner la mort à celui qui la réclame parce qu’il estime que sa vie ne vaut pas la peine d’être vécue, cela envoie un message à tous les autres. Cela revient à dire à toutes les personnes qui deviennent vulnérables qu’elles ont perdu une part de leur dignité et qu’il est légitime de disparaître. Pourtant, la dignité ne décline pas avec nos forces. Elle est inaltérable.
Pour autant, ce débat ne peut pas se résumer à l’opposition entre « gentils » et « méchants ». Il met en jeu un conflit de valeurs entre l’autonomie de la personne, sa liberté individuelle d’un côté et la solidarité, la protection des plus fragiles de l’autre. Il ne faut pas oublier que le désir de mort fait aussi partie de la vie humaine. Le suicide a pu être présenté comme une marque de liberté, comme l’a fait Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe. Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser que le suicide est plus une marque de souffrance que de liberté. Aujourd’hui, quand quelqu’un fait une tentative de suicide et se «rate», les soignants le réaniment. L’hôpital va à l’encontre de sa volonté au nom de son droit à changer d’avis. Notre société doit sécréter de l’espérance, de la fraternité, l’espoir de redonner goût à la vie même quand cette vie est cabossée.
Il faudrait donc ignorer les sondages où une large majorité de Français se disent favorables à l’euthanasie ?
Ces sondages reflètent avant tout notre angoisse de la mort et de la souffrance. Dès que l’on entre dans la complexité du sujet, on se rend compte que l’euthanasie n’en est qu’une petite partie. Ne pas souffrir, ne pas être prolongé par un acharnement thérapeutique, ne pas mourir seul: c’est l’attente de la majorité des Français. Depuis la loi Kouchner de 1999 jusqu’à la loi que j’ai portée avec Alain Claeys en 2016, les lois sur la fin de vie ont progressé pour intégrer ces trois priorités. Malheureusement, elles peinent à devenir effectives, car les moyens de développement des soins palliatifs ne sont pas au rendez-vous. Aujourd’hui encore, une vingtaine de départements sont dépourvus de soins palliatifs et les mentalités sont parfois lentes à faire évoluer.
La loi de 2016 donne droit à une «sédation profonde et continue jusqu’au décès» pour les malades en phase terminale. Ne porte-t-elle pas une ambiguïté qui encourage aujourd’hui à aller plus loin ?
Ce texte proposait de pouvoir «dormir avant de mourir pour ne pas souffrir», mais certainement pas de «faire mourir». Il n’y a pas d’ambiguïté dans cette loi, mais il y en a peut-être eu dans l’exploitation politique du texte sous le mandat de François Hollande. Entre les précédentes lois sur la fin de vie et une loi sur l’euthanasie ou le suicide assisté, il n’y aurait pas une différence de degré mais de nature. Un texte sur l’euthanasie ou le suicide assisté marquerait une vraie rupture. Ce ne serait pas aller plus loin, mais aller ailleurs. L’interdit de tuer est un élément fondateur de notre droit. Dans une démocratie, on ne donne pas la mort. Robert Badinter, qui a permis d’abolir la peine de mort, l’a rappelé à propos de l’euthanasie. Déroger à ce grand principe, c’est ouvrir la porte à toutes les dérives.
Jusqu’à quand sera-t-il possible de repousser une loi sur l’euthanasie ? Cette évolution ne semble-t-elle pas inéluctable ?
Entre l’autonomie de la personne, sa liberté et la protection de la vulnérabilité, on voit bien que la balance penche actuellement plus vers l’individualisme et la revendication du «c’est mon droit». Nous sommes dans une société qui privilégie le «je» au «nous». Mais je ne désespère pas d’une prise de conscience. On voudrait que la mort soit une disparition et n’engendre pas de douleur. Pourtant, la mort fait forcément mal à ceux qui restent. Pour ceux qui partent, le déchirement n’est pas tant la perte de la vie que l’arrachement aux autres. C’est un leurre de penser que l’euthanasie résoudra toutes les problématiques de fin de vie. Même dans les pays qui ont légiféré, cette pratique ne représente que 2 % des décès. La question de l’accompagnement des 98 % des personnes qui réclament une fin de vie sereine et qui ne sont pas pris en charge de manière décente restera entière.
>> Lire l’interview sur LeFigaro.fr
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Source: Actualités LR

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