Frédéric Péchenard : « Mettre fin à l’impunité qui désespère les citoyens »

Le vice-président (LR) de la région Île-de-France en charge de la sécurité et de l’aide aux victimes dévoile le plan de bataille engagé pour endiguer la spirale de la violence.
Ancien directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard livre au Figaro son diagnostic sur la délinquance des mineurs et détaille les mesures prises depuis cinq ans par la région Île-de-France.
L’hyperviolence des adolescents s’exprime jusqu’au sein de l’école. Cet automne, un élève de 16 ans était poignardé à l’abdomen dans un établissement de Saint-Denis. Comment analysez-vous ce phénomène et qu’a fait la région pour renforcer la sécurité dans les lycées ?
L’augmentation de la violence des mineurs, incontestable, n’est que le reflet d’une situation générale qui se dégrade en France. Cela se traduit notamment par un rebond des homicides volontaires depuis 2014, alors que leur nombre avait diminué de moitié entre 1990 et 2012. Dès l’arrivée de Valérie Pécresse à la présidence de la région, en 2015, nous avons décidé de faire de la sécurité une priorité. Le budget a été multiplié par cinq. Concernant les lycées, tous les proviseurs ont été invités à mener des audits de sécurité, effectués par un policier que nous avons recruté, avant qu’ils nous demandent un certain nombre de travaux. Au total, sur les 670 lycées publics et privés d’Île-de-France, nous avons financé pas moins de 532 projets allant de l’installation de vidéoprotection aux sonneries en passant par le blindage des accès. Mais cela ne suffisait pas car l’État est débordé : nous avons donc déjà créé cinq brigades régionales de sécurité (BRS), sachant qu’il devrait y en avoir huit à terme. Composées d’agents en uniforme, formés spécifiquement, ces structures de sécurité et de médiation se déplacent à la demande des proviseurs et restent le temps nécessaire, parfois plusieurs jours, pour ramener le calme dans l’établissement. Depuis avril 2019, plus de 500 interventions ont été réalisées. Récemment, la BRS a mis en exergue une affaire de prostitution au sein même d’un lycée du 19e arrondissement avant que la police ne se saisisse de l’affaire.
La chronique de ces dernières semaines a hélas démontré que l’Île-de-France est aussi devenue le sanctuaire de bandes qui se déplacent d’une ville à l’autre pour s’affronter. La réponse pour sécuriser les réseaux régionaux a-t-elle été à la hauteur ?
Sous l’égide d’Île-de-France Mobilités, présidée par Valérie Pécresse, et de la nouvelle délégation régionale de la sécurité dans les transports, nous avons financé le recrutement de près de 1000 agents de sécurité en cinq ans. Désormais, 3.000 effectifs sont répartis entre la RATP, la SNCF et les opérateurs privés. Par ailleurs, la région a débloqué une enveloppe de plus de 8 millions d’euros pour un centre de commandement unique, opérationnel fin 2021. Placée sous l’autorité du préfet de police, cette structure rassemblera pour la première fois toutes les forces de sécurité qui concourent à protéger des voyageurs franciliens. Cette coordination est devenue indispensable car, en cas d’agression, tous les services pourront se prêter main-forte et intervenir au plus vite.
Pour compléter ce maillage, nous avons offert la gratuité des transports pour les policiers de la grande couronne afin d’y accroître leur présence même hors service et nous avons étendu la vidéoprotection à 100% du réseau, quais et bus de la grande couronne compris. Ce qui veut dire que les bandes, pour ne prendre que cet exemple, sont suivies à la trace par 80.000 caméras. Enfin, grâce à un partenariat avec la gendarmerie, 2.000 patrouilles réservistes sont organisées chaque année dans les gares et les bus. Hélas, dans le même temps, le gouvernement a retiré des transports franciliens 500 policiers et gendarmes depuis 2017. Quand on voit que le candidat de La République en marche claironne qu’il va tout faire pour la sécurité des voyageurs, il pourrait commencer par réclamer au premier ministre et au président de la République de rétablir les effectifs supprimés.
Dans les quartiers, des émeutiers s’en prennent aux policiers nationaux mais aussi municipaux, qui peinent à riposter. Comment faire face aux besoins d’urgence des services de sécurité mais aussi à la demande d’élus parfois aux abois ?
Si la région n’a pas de compétence en matière de police, elle a déployé un très important bouclier de sécurité au profit de l’État et des maires. À la demande de ces derniers, nous avons contribué à l’installation de 6.778 caméras vidéo dans 333 communes d’Île-de-France et musclé 298 polices municipales en leur achetant des voitures, des gilets pare-balles ou encore des radios. Côté pouvoirs publics, nous avons signé deux conventions avec les ministères de l’Intérieur et de la Justice pour rénover et sécuriser des prisons, des commissariats et des casernes de gendarmerie. C’est d’ailleurs la région qui a financé les sas de sécurisation qui ont empêché les émeutiers de pénétrer dans les postes de police assiégés à Sarcelles et à Champigny-sur-Marne. Lorsque j’entends le candidat du Rassemblement national dire qu’il veut faire beaucoup de choses pour la sécurité, j’aurais aimé qu’il commence par voter notre bouclier de sécurité. J’observe que ce parti n’a jamais voté en cinq ans une seule des dispositions visant à aider les services territoriaux et régaliens mobilisés pour défendre les Franciliens.
En 2019, 51% des Franciliens déclaraient avoir été la cible d’une agression sous une forme ou une autre. Que faire pour mieux prendre en charge les victimes ?
D’abord, pour disposer d’un état des lieux précis de la délinquance réelle et du sentiment d’insécurité, nous faisons tous les deux ans une enquête auprès des Franciliens. Comme chaque année, à partir du 1er avril prochain, la région va ouvrir un appel à projets pour soutenir ceux qui entendent aider les victimes. Depuis 2016, nous y avons déjà consacré près de 2,3 millions d’euros. Cela est vrai pour les affaires de viols, de violences conjugales, de harcèlement, avec la mise en service d’un numéro d’appel urgence (31 17), mais aussi pour la délinquance ciblant les jeunes, avec un partenariat signé avec les gendarmes dans les Yvelines pour lutter contre la cybercriminalité.
Comment réduire le sentiment d’impunité dont jouissent les voyous les plus jeunes ?
En finançant la construction d’un nouveau centre de détention pour mineurs, et c’est ce que nous proposons dans le cadre de la prochaine mandature. Il n’y a pas assez de places dans les prisons dans la région mais aussi sur le reste du territoire. Nous n’en avons que 60.000 en France, contre 97.000 en Angleterre et 77.000 en Espagne. Il nous en manque donc 20.000, ce qui permettrait enfin de faire exécuter les peines prononcées et mettre fin à ce sentiment d’impunité qui encourage les délinquants et désespère les citoyens.
>> Lire l’interview sur LeFigaro.fr
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Source: Actualités LR

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