Nicolas Sarkozy : « Je ne peux accepter d’avoir été condamné pour ce que je n’ai pas fait »

Dans une interview au Figaro, l’ancien chef de l’État, condamné lundi par le tribunal correctionnel, affiche sa détermination et sa combativité en vue du procès en appel.
Qu’avez-vous fait après votre condamnation ? Étiez-vous en colère ?
J’ai passé la soirée avec ma famille, nous avons regardé la série The Killing. En colère ? Non. il y a longtemps qu’elle est passée. Mais j’ai ressenti l’injustice profonde, choquante, des procédures lancées contre moi depuis dix ans. J’ai aussi conservé ma détermination pour que triomphent le droit et la justice, comme cela devrait se produire dans un État de droit. À chaque fois que ces règles sont bafouées, comme c’est le cas dans cette affaire, mon indignation et ma détermination sont décuplées. J’ai reçu de très nombreux témoignages de soutien d’observateurs français et étrangers qui se disent effarés par ce qui est en train de se passer. Je sais que nous sommes dans un combat de long terme. J’ai fait appel de la décision, peut-être faudra-t-il que ce combat s’achève devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). Ce serait pour moi une souffrance que d’avoir à faire condamner mon propre pays, mais j’y suis prêt car ce serait le prix de la démocratie.
Faut-il y voir une vengeance des magistrats, que vous aviez appelés les « petits pois » quand vous étiez chef de l’État ?
Accoler le mot « vengeance » au mot « justice » est une incongruité, et votre question en dit long sur le climat actuel. Je vous renvoie à la jurisprudence de la CEDH : il suffit qu’un justiciable puisse suspecter que son juge n’est pas impartial pour qu’il puisse réclamer qu’il se déporte. Au vu de cette jurisprudence, la question de la partialité de certains magistrats peut se poser. J’ai toujours dit, et je le maintiens, que l’endogamie est une mauvaise chose, dans tous les milieux. J’ai toujours dit, et je le maintiens, qu’il est nécessaire d’avoir plus de diversité dans le recrutement des magistrats. J’ai rappelé un jour que j’étais moi-même un « petit Français de sang mêlé » : j’aimerais que ces « Français de sang mêlé » soient mieux représentés dans toutes les corporations. Les civilisations disparaissent sous l’effet de la consanguinité, pas sous celui de la diversité. C’est ce que j’avais voulu dire à l’époque. Et c’est cela qui justifierait une vengeance ?
Pensez-vous être confronté à une « justice politique » ?
Je ne veux pas réduire cette affaire à un combat politique qui serait destructeur pour notre démocratie. C’est elle qui se trouve fragilisée quand les pouvoirs se combattent front contre front. Ce qui s’est passé hier constitue une profonde injustice que personne ne pourrait admettre. Je ne peux en effet accepter d’avoir été condamné pour ce que je n’ai pas fait. Il y a eu trois semaines d’audience, devant des dizaines de journalistes et un public nombreux. J’y ai activement participé jusqu’au prononcé du jugement. L’immense majorité des observateurs a évoqué un effondrement de l’accusation et a dit que la défense avait apporté la preuve de l’innocence des trois prévenus. Or, le jugement ne tient aucun compte de la réalité de l’audience. Il est peut-être épais de 254 pages, mais une dizaine seulement est consacrée à la justification de la sentence ! Ce document est truffé d’incohérences. Il est écrit noir sur blanc que je n’ai accompli aucune intervention à Monaco en faveur de Gilbert Azibert. Mais le tribunal estime dans le même temps que j’aurais utilisé les relations liées à mes anciennes fonctions de président de la République pour obtenir une faveur à Monaco. Il faudrait savoir : c’est soit l’un soit l’autre ! Autre exemple : mon avocate, Me Jacqueline Laffont, avait demandé l’annulation de l’ordonnance de renvoi, au motif qu’une enquête préliminaire du parquet national financier, tenue secrète pendant plus de cinq ans, avait été cachée à la défense rompant ainsi avec le principe fondamental de l’égalité des armes entre la défense et l’accusation. Le tribunal a jugé cette demande irrecevable, au seul motif qu’une fois l’ordonnance de renvoi rendue, ce type de nullité ne pouvait plus être soutenu. Mais nous n’avons appris l’existence de cette enquête et de ses conclusions qui nous innocentaient que neuf mois après : comment pouvais-je dans ces conditions m’en plaindre avant ? C’est kafkaïen.
Mais trois juges indépendants vous ont déclaré coupable de corruption et trafic d’influence…
Parlons-en. Voilà une affaire de corruption sans précédent : pas un centime n’est en jeu, personne n’a obtenu un quelconque avantage, aucune victime, aucun trouble à l’ordre public. On me condamne en me prêtant la pseudo-intention de commettre un délit qui serait démontrée par des bribes de conversations téléphoniques sorties de leur contexte et mises bout à bout. Le jugement ne fait pas état de preuves, mais d’un « faisceau d’indices ». J’affirme que pour condamner, dans un État de droit, il faut des preuves. Et des preuves, il n’y en a pas dans ce dossier. J’ajoute qu’au total, ce ne sont pas moins de 4 500 de mes conversations téléphoniques qui ont été écoutées, dont certaines concernaient un avocat – Me Herzog – et son client – moi-même. Dans quelle démocratie le leader de l’opposition que j’étais à l’époque peut-il être ainsi espionné, pendant sept mois, en voyant le contenu de ses conversations livrées à la presse ?
Est-on entré dans la « République des juges » selon vous ?
Je réfute cette expression. Les magistrats honnêtes et impartiaux sont majoritaires, j’en suis encore convaincu. Mais qui voudrait avoir affaire à un magistrat comme le premier vice-procureur du PNF Patrice Amar ? J’ai découvert chez vos confrères du Point l’existence de la lettre de 17 pages qu’il avait adressée à la procureur générale de Paris, convaincu qu’il était qu’Éliane Houlette, à l’époque à la tête du PNF, était la mystérieuse taupe qui me renseignait sur les avancées des investigations… C’est insensé ! Ce même M. Amar, que je ne connais pas et dont j’ignore tout, était aussi persuadé qu’un SMS anodin adressé à mon avocat, Me Herzog, par un confrère était un message codé pour l’informer que la « ligne Bismuth » était sur écoutes ! N’est-on pas confronté à une forme de paranoïa ? Voilà un vice-procureur qui mène, seul dans son coin, en dehors de toutes règles procédurales, une enquête cachée à l’intérieur d’une autre enquête elle-même cachée. Si nous étions dans la Russie de M. Poutine, les défenseurs des droits de l’Homme crieraient que c’est gravissime.
Quant à la procureur générale de Paris, Mme Catherine Champrenault – dont je note qu’elle fut membre du cabinet de Ségolène Royal – elle a déclaré sous serment, devant une commission d’enquête sénatoriale le 2 juillet 2020 : « Nous n’avons jamais eu d’informations sur le contenu de cette enquête ou sur les modalités d’investigation » ; et ce alors qu’elle avait précédemment reçu de M. Amar cette note de 17 pages, faisant le point précis sur cette affaire. C’est ce qui l’a d’ailleurs amenée à recevoir ce magistrat en personne et à le déplacer provisoirement. Cette déclaration sous serment ne peut-elle pas être considérée comme un parjure ? Si c’est moi qui avais été convaincu de mensonge, qu’aurait-on dit ? Ceux qui abîment l’institution, ce sont ceux qui ne respectent pas l’État de droit. Un rapport a été demandé à l’Inspection générale de la Justice, nous verrons ses conclusions le moment venu et chacun devra en tirer les conséquences. Toutes ces dissimulations et ces mensonges créent un climat détestable bien loin de l’idée que l’on devrait se faire d’une justice sereine.
Me Herzog a été condamné à la même peine que la vôtre. Dans quinze jours, sera-t-il votre avocat au procès de l’affaire Bygmalion, dans laquelle vous êtes prévenu ?
Les peines prononcées lundi ne sont définitives pour personne. Thierry Herzog est mon ami et mon avocat. Il est l’un des membres les plus respectés et les plus aimés du Barreau de Paris. Je suis fier qu’il assume ma défense, et le soutien unanime qu’il a reçu de ses pairs me renforce dans ce sentiment. Sur le fond de cette affaire Bygmalion, je rappelle que deux magistrats l’instruisaient : M. Tournaire et M. Van Ruymbeke. Ce dernier, qui ne passe pas pour être un de mes proches, a refusé de signer l’ordonnance de renvoi, considérant qu’il n’existait pas de charges suffisantes à mon encontre. Je suis donc renvoyé par la seule volonté de M. Tournaire pour avoir dépassé le plafond autorisé de ma campagne de 2012.
Il s’agit de cette qualification, et de cette qualification seulement. J’ai déjà payé plus de 360.000 euros de ma poche pour cela. Comme rien ne m’a été remboursé de ma campagne, le « sarkothon » a permis de lever 11 millions d’euros pour payer les dettes de mon parti. Je n’ai commis aucun délit dans ce dossier, nous le démontrerons au tribunal. Ma campagne n’a donc rien coûté au contribuable français. Mais celui-ci serait sans doute intéressé de connaître les montants financiers considérables engagés dans le cadre des procédures me visant. La transparence devrait être la même pour tous…
Vous avez déclaré pendant le procès : « J’ai l’impression que le parquet national financier n’a été créé que pour moi. » Maintenez-vous cette déclaration ?
J’ai des raisons de le craindre. Quand M. Takieddine m’accuse et dit qu’il m’a donné de l’argent liquide, le lendemain une enquête est ouverte. Quand le même M. Takieddine se rétracte, dit qu’il a menti, et que c’est le juge Tournaire qui lui a demandé de dire que je recevais de l’argent liquide, y a-t-il une enquête ouverte ? Non. C’est pourtant de la même personne qu’il s’agit. Savez-vous que six mois après les déclarations de M. Takieddine m’innocentant, ces mêmes déclarations n’ont toujours pas été versées au dossier ? Ce qui signifie que juridiquement, elles n’existent pas. Est-ce normal ? Est-ce le témoignage d’une justice impartiale, sereine, tranquille ? Est-ce la marque d’un État de droit ? Je pose ces questions, j’attends qu’on y réponde. Je ne me tairai pas, car c’est trop grave. Tout ce que j’affirme devant vous est étayé par des faits incontestables.
De nombreux élus et le ministre de l’Intérieur vous ont apporté leur soutien. Et Emmanuel Macron ?
Gérald Darmanin m’a témoigné publiquement son amitié, je l’en remercie. Pour le reste, je ne veux pas commettre d’indiscrétion. Je peux simplement dire que j’ai été extrêmement touché, et le mot est faible, par les milliers de témoignages que j’ai reçus, les centaines d’appels qui m’ont été adressés et cela bien au-delà de ma famille politique. Je n’ai par ailleurs aucun reproche à faire ni au gouvernement, ni même aux membres de la majorité en la matière.
Beaucoup d’élus LR voyaient en vous le « candidat naturel » pour 2022. Que leur répondez-vous ?
Je suis très touché de leur confiance, de leur amitié, de leur affection. Je suis toujours membre de ma famille politique, je ne l’abandonnerai pas. J’ai dit que j’avais tourné la page de la politique active, ce qui ne veut pas dire que je ne dirai pas ce que je pense au moment des échéances électorales, l’année prochaine. Je suis trop attaché à la France pour être indifférent à ce qui se passe et à la gravité de la situation. Mais pour moi, relaxe ou pas, cela n’a rien changé politiquement. Quand j’ai dit que j’avais tourné la page, ce n’était pas en fonction d’une décision de justice que j’attendais, ou parce qu’une injustice de plus aurait été commise à mon endroit ! C’est une autre réflexion plus personnelle, qui me concerne, qui concerne ma famille, et qui m’a amené à prendre cette décision de retrait. Je ne serais pas revenu dessus si j’avais eu, lundi, la relaxe à laquelle j’avais droit. J’ai vu que M. Bohnert dans sa grande mansuétude se vantait de ne pas avoir demandé d’interdiction de mes droits civiques. Je peux donc toujours voter. Je l’en remercie… mais ce n’est pas lui qui dictera mon calendrier politique. J’avais dit que je ne serai pas candidat à l’élection présidentielle, je le maintiens.
Est-ce à dire que vous ne prendrez pas parti dans la campagne ?
C’est le contraire car je ferai mon devoir en disant ce que je pense. Les enjeux sont trop importants pour se taire. Le moment viendra.
Pourriez-vous soutenir Emmanuel Macron en 2022 ?
Je ne suis ni candidat ni dans la situation de vouloir pousser ou soutenir un candidat plutôt qu’un autre. Au moment où chacun aura fait valoir ses ambitions légitimes, je dirai qui je soutiens et pourquoi je le fais, en toute transparence avec ma famille politique.
Quel regard portez-vous sur l’état de la France ?
C’est une situation très difficile, pas uniquement pour la France. Elle l’est pour l’Europe en général et pour l’Occident. Je suis très inquiet de la montée continuelle et de plus en plus rapide de l’Asie et d’une forme d’effacement de l’Europe et de l’Occident. La réalité est très complexe pour ceux qui nous gouvernent. Je dirai que la priorité devrait être le vaccin, le vaccin et encore le vaccin ! On devrait vacciner jour et nuit. Pour moi le problème n’est pas le confinement mais le vaccin. Seul celui-ci peut permettre une société sans Covid. Mais je me garderai bien de donner des conseils à l’exécutif parce que je sais que la situation est difficile et que ceux qui nous dirigent essayent de faire au mieux.
Pourquoi vous êtes vous déjà fait vacciner ? Vous n’avez pas 75 ans.
Dans une démocratie on a le droit au secret de la conversation avec son avocat et aussi au secret médical. Peut-être me trouvez-vous trop exigeant mais c’est l’État de droit. Si votre question était de savoir s’il y avait une bonne raison pour que je sois vacciné, alors la réponse est oui.
>> Lire l’interview sur LeFigaro.fr
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Source: Actualités LR

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