Synthèse de la première visio-conférence sur le rôle des femmes africaines

Le cycle « pour un écosocialisme africain » est mis en place par la Commission Afrique du PG dans la perspective des assises sur l’écososcialisme qui auront lieu cette année. Ce cycle se veut à travers une analyse historique et actuelle des luttes africaines, une contribution à la réflexion et à l’approfondissement des thèses écosocialistes et écoféministes portées par le PG depuis quelques années.
Ce cycle nous l’organisons afin de donner du sens à la doctrine politique de l’écosocialisme dans le contexte africain ; cette doctrine qui fait se rencontrer les valeurs du socialisme avec un  respect réaffirmé de la nature,  ne peut se concevoir que dans le cadre d’une cosmopolitique ouverte à tous et respectueuse des différentes cultures. Il faut à tout prix éviter de plaquer comme cela a pu être fait dans le passé des doctrines occidentales sur une conception différente de la personne et sur une expérience différente du vivre ensemble. Mais il nous faut par contre tenter de dégager les points communs qui donnent un caractère universel à ce combat.
Car c’est un vrai combat que de vouloir contribuer à l’émancipation de l’être humain ; nous l’avons bien constaté  lors de la première conférence que nous avons organisée sur l’expérience écosocialiste du Burkina de Sankara.
Nous allons tout autant le constater avec cette conférence du 6 février 2021 consacrée au  rôle des femmes africaines dans les changements politiques, sociaux et économiques en Afrique.
Car s’il y a bien un point dont nous sommes sûr c’est que l’écosocialisme ne peut se concevoir sans écoféminisme tant le patriarcat a imposé sa domination dans l’organisation sociale et tant le capitalisme a renforcé cette domination. Mais aussi, deuxième bonne raison, parce que le lien de la femme avec la nature est prégnant tant elles savent ce que production et reproduction veulent dire.
On sait l’importance des associations féminines avant et durant la période coloniale : les Africaines avaient l’habitude d’être organisées en associations, familiales, de classe d’âge, associations villageoises, culturelles, religieuses, associations autour d’activités économiques communes. Confrontées à une modernité nouvelle de l’ordre colonial, elles en ont poursuivi la coutume dans des associations autour des métiers nouveaux où elles ont aussi débattu des problèmes politiques économiques et sociaux locaux, organisant des manifestations contre les pressions des autorités coloniales. Elles ont rejoint les partis politiques et les luttes anti-coloniales. Souvenons-nous des marches de femmes de Thiès, de Bassam, du combat politique d’Awa Keïta au Soudan. Elles ne se plaçaient pas toujours dans un discours antagoniste entre les sexes mais elles manifestaient pour  signifier leur présence dans de nombreux secteurs. Leurs actons et revendications portaient surtout sur la reconnaissance de leur participation au développement.
Mais à la fin de la première décennie des indépendances, leur médiocre insertion dans l’économie et leur faible représentation dans les instances de décision ont changé leur perception. Mais la question des inégalités entre hommes et femmes fut longue à venir, les Africaines n’étant pas prêtes à en tenir un discours public face à l’exploitation post-coloniale ; le discours contre l’homme étant perçu comme un discours de l’Occident contre l’Afrique, contre les valeurs culturelles africaines. Les revendications féministes à l’égalité se multiplièrent dans les années 80/85 en Afrique francophone avec en particulier Awa Thiam auteur de « la parole aux négresses ». Le féminisme s’est alors construit en Afrique pour lui-même avec deux positions : celle du droit à la parole  et celle de la prise de conscience des besoins et des priorités. Il s’agissait de marquer la différence par rapport au féminisme occidental même si des causes communes existaient en particulier celle des violences faites aux femmes. Même cause mêmes résistances de la part de la gente masculine à admettre que ces violences existent et qu’elles ne sont pas solubles dans un contexte culturel ou religieux spécifique. Mais aussi résistances de la part des femmes africaines qui estimaient que  la disparition  de certains rites comme l’excision était synonyme de perte de l’identité féminine africaine.
Nous avons donc  demandé à deux sachantes d’intervenir sur le thème du rôle des femmes africaines dans les changements politiques, sociaux et économiques en Afrique en interrogeant l’histoire pour déboucher sur les combats de notre époque qui ont me semble-t-il la particularité de mixer toutes les problématiques à savoir la lutte pour une vraie souveraineté démocratique des pays africains, la lutte contre les inégalités sociales et de genre et enfin la lutte pour la préservation de la nature.
Penda Mbow  historienne et une militante sénégalaise. Passée  Ministre de la Culture, du Sénégal  maître-assistante d’histoire médiévale à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et présidente du Mouvement citoyen a exposé « les facteurs de mutations de la femme sénégalaise sur la longue durée ». Il y a une sorte d’identification entre la femme et l’Afrique et les poètes l’ont chantée : femme noire femme africaine de Senghor ou Afrique mon Afrique  de David Diop. La femme est la sève nourricière de ce continent et ce depuis le néolithique avec un matriarcat prédominant. C’est la femme qui a découvert l’agriculture et imposé la sédentarisation à une Afrique de cueillette. La plupart des mythes fondateurs ont une relation avec la femme et les principales villes du Sénégal ont été fondées par des femmes. Les hommes pour accéder au pouvoir devaient appartenir à un certain lignage de femmes. Au onzième siècle la femme perd de son hégémonie à cause de deux facteurs d’acculturation : le contact avec les religions monothéistes et la colonisation. L’islam a structuré la famille et les portugais ont importé le modèle occidental, son changement des relations hommes/femmes, les mariages à la mode du pays et le métissage. La femme sénégalaise d’origine servile participa alors à la traite négrière et de viennent des femmes d’affaires (signares). Les occidentaux passent par les associations de femmes (classes d’âge, tontines…) pour pénétrer la société et fissurer le modèle social. Les colons français introduisent la monnaie, l’agriculture extensive (arachides) ; ils organisent le paysannat en coopératives et mécanisent l’agriculture. L’homme sénégalais accumule savoirs et argent pendant que la femme est reléguée au second plan. Les écoles sont destinées essentiellement aux hommes qui éduqués se marient à des françaises en particulier antillaises. Les femmes les plus instruites sont institutrices, sages-femmes, secrétaires et de ce fait ne sont pas retenues dans la mémoire collective de la nation.  L’homme dispose de l’âne ou du dromadaire la femme de ses deux jambes. La différence homme/femme ne fait que s’accentuer sous la pression conjuguée des religions (islam et bonnes sœurs) et du colon.
Dans les années 60 avec l’indépendance se met en place un féminisme d’Etat avec le code de la famille applicable aux citoyens de toutes confessions (lois sur le divorce, union possible entre personnes de religions différentes, liberté de partage d’héritage). Dans les années 80 les politiques d’ajustement structurel provoquent chômage et la politique du moins d’Etat détruit les services publics. Conséquence : les femmes se substituent aux hommes pour nourrir la famille, les « pileuses », les « petites activités » maintiennent les femmes en vie. Les femmes utilisent aussi la religion pour s’émanciper : l’islam permet en effet à certaines femmes travaillant dans le milieu informel  de devenir femmes d’affaires en développant leur commerce (le premier pèlerinage à La Mecque pour la foi, le deuxième pour le commerce). Ces femmes envoient ensuite leurs enfants étudier dans les pays développés induisant ainsi un cycle vertueux d’accumulation et d’émancipation. Education, citoyenneté, accès à la terre deviennent des revendications répandues.
Le caractère matriarcal initial de la société sénégalaise demeure sous-jacent (tous les sénégalais connaissent le nom de la mère d’Ahmadou Bamba fondateur du mouridisme plutôt que le sien propre) et imprègne la société même s’il est mis à mal par le patriarcat capitaliste colonial puis néocolonial. L’évolution la plus forte se situe toutefois sur le plan politique dans les années 2000 : les femmes votent pour la première fois selon leur opinion propre ce qui a permis le changement politique. Ce qui pose la question des femmes et du pouvoir : comment se fait-t-il qu’alors que les femmes ont résisté à l’esclavagisme des maures et participé au pouvoir dans la société pré-coloniale, il n’y ait eu que deux femmes premier ministre à ce jour ? Pourtant c’est bien grâce à la pression des femmes qu’Abdou Diouf a inscrit l’exclusion de l’excision et la condamnation du viol. C’est bien suite à la résistance des femmes et de certaines minorités que Wade a dû renoncer à son projet de suppression  du caractère laïque de la société sénégalaise et à la remise en cause du code  de la famille. Seule la reprise des questions liées au statut de la femme en particulier la polygamie permettra une transformation en profondeur de la société. Les réseaux sociaux très ignorants de ces questions et un effort d’éducation est absolument nécessaire.
Enfin sur le plan environnemental, les femmes sont les premières à en vivre les dégradations (inondations, sécheresses, énergie, déchets, érosion côtière…) ; or des solutions traditionnelles existent que les femmes connaissent qui permettraient de sortir de cette situation potentiellement dangereuse.
Rose T Ndengue chercheuse en histoire et sciences politiques de l’Université Paris Diderot : «  Subalternités indociles: Les mobilisations des camerounaises pour une justice sociale, politique et écologique ». Rose T Ndengue  met l’accent sur les mobilisations féminines au Cameroun entre le milieu des années 1940 et 2000, du combat mené par les femmes lettrées et rurales à l’époque coloniale, jusqu’à la faible autonomie politique constatée de nos jours.
En ce qui concerne les mobilisations des femmes lettrées. Nous retenons que seule une minorité des femmes a eu accès à l’éducation et à l’enseignement au Cameroun. Le but de cette scolarisation visait à promouvoir les couples d’évolués, afin de justifier l’argument de la mission civilisatrice. Ces femmes là devenaient pour la plupart des enseignantes ou des sages-femmes. Ces luttes de la femme lettrée camerounaise, reposaient sur des organisations féministes.  Parmi elles, l’Association pour l’émancipation de la femme camerounaises (ASSOFECA), l’Union des femmes camerounaises, (UFC) et l’Union démocratique des femmes camerounaise (UDFEC). Les femmes lettrées dénonçaient : l’insuffisance des infrastructures sanitaires et sociales pour les colonisés, l’inégalité de traitement en matière des droits sociaux et politiques entre les Métropolitain(e)s et les Africain(e)s etc..
Cependant ces femmes lettrées avaient des approches différentes. L’UFC, plus proche de l’administration coloniale, va afficher un apolitisme de façade et se déclarer favorable au principe de la mission civilisatrice. L’UDFEC par contre a opté pour un rapport plus frontal avec l’administration coloniale, et contribuer à la lutte pour l’indépendance du pays.
Concernant les femmes rurales, ces dernières, à l’instar des femmes lettrées se sont réunies pour contester les logiques coloniales capitalistes, et surtout la représentation de la modernité, qui les dépossédait de leurs prérogatives. Elles ont donc essayé d’affirmer une modernité politique alternative, par une remise en cause du colonialisme et ses logiques racistes, capitalistes et sexistes, parfois violentes.
Toutefois, après trois décennies d’autoritarisme post-colonial, les années 90 vont ouvrir une nouvelle ère au Cameroun. On constate cependant une persistance des contraintes structurelles qui freinent l’ascension politique des femmes, du fait de la persistance des mécanismes sexistes héritées de la colonisation. L’ordre politique camerounais actuel est rigoureusement masculin et autoritaire. Il maintient la majorité des femmes dans la précarité. Ces dernières sont aujourd’hui sous représentées dans les différents secteurs d’activités formelles. Elles sont aussi sous-représentées dans l’espace politique. Dans ce Cameroun du XXIème siècle, la gente féminine peine  à créer une dynamique collective pour renverser le rapport de pouvoir.
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Une deuxième visioconférence sur le même thème aura lieu ultérieurement : elle nous permettra de faire le point sur les luttes actuelles avec des militantes engagées sur le terrain.
Source: Actualités Parti de Gauche

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