Le récent rapport de la Cour des Comptes sur la politique en matière d’éducation prioritaire apporte des éléments de bilan intéressants qui permettent de tracer des pistes quant à la nécessaire évolution de ce dispositif pour mieux l’adapter à la réalité de nos territoires et pour garantir le principe républicain du droit à la réussite pour chaque jeune.
Contrairement à celles et ceux qui s’échinent à dénoncer la faillite de cette politique d’éducation prioritaire, le rapport reconnaît son utilité et ne parle à aucun moment « d’échec ». La situation serait plus préoccupante encore si les moyens n’avaient pas été investis, quand bien même les effets de cette politique restent insuffisants, notamment au regard des sommes investies (1,7 milliard d’euros en 2017 pour 20% des élèves scolarisés en éducation prioritaire).
C’est d’ailleurs en ce sens, ce que ne précise pas le rapport qui ne traite pas la période 2016-2018, que les moyens ont été concentrés il y a 3 ans sur la question des effectifs enseignants, de leur rémunération et de leur formation, réforme menée par Najat Vallaud-Belkacem et qui avait fait l’objet d’une large concertation, d’une mise en œuvre progressive en 2015 avant d’être généralisée en 2016.
Le rapport de la Cour des Comptes souligne également avec justesse l’impact de la dégradation des conditions de scolarisation en partie indépendantes de l’école elle-même.
La Cour des Comptes rappelle notamment que « ces dispositifs ne sont pas pensés pour remédier à une ségrégation socio-spatiale aussi forte qu’elle ne l’est aujourd’hui, à laquelle se greffe une ségrégation scolaire sans précédent », ce qui explique pour partie que « l’effet label », à savoir l’évitement des établissements REP (Réseau d’Education Prioritaire) et REP+, particulièrement répandu dans les catégories sociales favorisées.
Ceci nous amène à réaffirmer que la politique d’éducation prioritaire reste indissociable d’une politique globale pour les quartiers en difficulté : convenons que depuis l’enterrement du plan Barloo, rien ne semble être prévu alors que les problèmes continuent à s’accumuler.
Or, si l’Ecole peut beaucoup, elle ne peut tout régler et constitue plus que jamais le miroir de l’environnement dans lequel elle évolue : les problématiques de logement, de santé, d’accès au sport, à la culture, et plus généralement aux services publics, ne sont pas neutres dans le processus de réussite éducative, loin s’en faut.
Enfin, la politique de l’éducation prioritaire reste aujourd’hui encore une politique essentiellement territoriale avec des conséquences extrêmement problématiques :

Elle bénéficie à seulement 30% des élèves défavorisés vivant sur les territoires des réseaux prioritaires : quid des 70% d’élèves défavorisés en dehors de ces réseaux ?
Elle est particulièrement dommageable pour les établissements situés juste au-dessus des seuils et qui ne disposent donc pas d’aide spécifique alors que leurs publics scolaires sont souvent en difficultés.
Elle a un effet fortement stigmatisant, générant une stratégie d’évitement du label REP avec un fort impact sur la mixité sociale et scolaire.

Il y a donc nécessité, comme le propose le rapport, à mettre en place une modulation des moyens alloués aux écoles et aux collèges – 33 milliards d’euros – mais également une augmentation de ces moyens si l’on veut, comme cela est nécessaire, étendre la baisse des effectifs dans le premier degré et au collège sans écarter la problématique des lycées ni celle des établissements privés qui doivent être partie prenante du dispositif.
Plus personne aujourd’hui ne peut contester cette impérieuse nécessité de « donner plus à ceux qui ont moins ».
Le défi auquel fait face l’Ecole de la République se pose en des termes nouveaux et qui ne peuvent être éludés : comment, de la maternelle au lycée, s’occuper des 70% d’élèves en difficultés aujourd’hui totalement « oubliés » ?
L’enjeu est là. Il y a urgence.
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Source: Actualités du PS

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