Nicolas Sarkozy : « Hollande et Valls ont fait le choix du mépris »

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Dans un entretien au Figaro, le président de l’UMP dénonce le «coup de force» du gouvernement, qui a publié dès mercredi le décret permettant la mise en œuvre de la réforme du collège.Manuel Valls a choisi de ne pas entendre la mobilisation contre la réforme du collège. Pourquoi dénoncez-vous cette prérogative gouvernementale ?Il s’agit avant tout d’un coup de force. C’est le contraire de la méthode qui devrait prévaloir dans une République moderne digne de ce nom. L’école est au cœur du Pacte républicain. Cela devrait dissuader le gouvernement de faire assaut de sectarisme et d’idéologie sur ces questions. Et ce n’est pas la première fois qu’on assiste à un tel coup de force ! La réforme des rythmes scolaires a été imposée de la même manière aux familles et aux collectivités territoriales, qui n’ont pas fini d’en payer les conséquences.Selon vous, il fallait donc attendre, consulter, différer une décision qui n’est pas un projet de loi et n’entre pas dans le cadre d’une discussion parlementaire ?Le gouvernement met en œuvre la politique qu’il entend, mais il doit le faire en respectant des procédures républicaines qui nécessitent dialogue et consultation. Il est inadmissible que la Représentation nationale n’ait pas son mot à dire sur un sujet aussi central, qui concerne tous les Français, l’école, au prétexte qu’il s’agirait d’un décret. Le lendemain du jour où la ministre de l’Education nationale a dit que sa porte était ouverte, le premier ministre la referme avec une brutalité inouïe en faisant publier ce décret dans la nuit. Le mépris dont font preuve François Hollande et Manuel Valls contre tous ceux qui contestent leur action est incroyable. Les intellectuels sont traités de « pseudo-intellectuels », y compris d’anciens compagnons de route du parti socialiste. L’opposition est caricaturée et privée d’un débat au Parlement. Ceux des enseignants qui sont hostiles à la réforme sont ignorés et, comme tous les autres opposants, catalogués comme « le concert des immobiles » par François Hollande. Nous avons eu un Président de la République annonçant aux Français, avant les élections départementales, qu’il ne tiendrait aucun compte de leur vote. Avec la réforme du collège, nous avons une nouvelle illustration de son sectarisme.François Hollande lui-même pèse de tout son poids pour défendre ce projet. Il l’a encore redit lors d’un meeting à Carcassonne…François Hollande choisit d’aller défendre cette réforme dans une réunion qu’il a qualifiée lui-même de « meeting électoral ». C’est dire, une nouvelle fois, à quel point il méprise les Français, en ne s’adressant qu’à des militants socialistes sur un sujet qui concerne pourtant tous les Français. Et je passe sur la confusion des genres d’un Président qui en est à son deuxième déplacement de ce type, dans lequel on ne sait pas si c’est le Président de la République ou le candidat à la future présidentielle qui s’exprime.L’opposition au projet peut-elle continuer ?Nous étudions tous les moyens parlementaires et juridiques pour nous opposer à ce décret qui organise ni plus ni moins le nivellement de l’école de la République. Cela nécessite de notre part un combat qui va au-delà de nous-mêmes, un combat qui s’adresse à tous les Français, d’où qu’ils viennent. L’école de la République est en danger. Je leur dis qu’au-delà de nos différences, nous devons nous rassembler pour nous opposer à cette réforme.Faut-il organiser une nouvelle manifestation, comme le demande par exemple François Bayrou ?Je suis le Président du premier parti d’opposition. Mon rôle n’est pas d’appeler à manifester, mais de demander l’organisation d’un vrai débat démocratique. Et ce débat doit commencer au Parlement. Pour le reste, attendons de voir si le gouvernement continuera à rester sourd face à la montée des protestations.Le projet de la ministre de l’Education met en avant l’importance de l’autonomie. N’est-ce pas l’un des principes auquel vous souscrivez ?Avant l’autonomie, il y a un autre mot qui manque dans le projet du Gouvernement pour l’école de la République : l’autorité. L’autorité, c’est celle du maître sur ses élèves, du directeur sur son école, celle qui interdit les communautarismes, qui refuse, au nom de la laïcité, le prosélytisme. En ce qui concerne l’autonomie, nous n’avons clairement pas la même conception que celle du Gouvernement. Leur autonomie, c’est celle qui consiste à donner la possibilité aux établissements de réduire le temps consacré à l’enseignement des savoirs fondamentaux. On sait que les élèves sortent trop souvent du collège en ne maîtrisant pas ces savoirs de base, et le projet de la ministre est de réduire encore leur place : cela n’a aucun sens. Notre conception de l’autonomie, c’est celle qui qui permettra au principal d’un collège de constituer son équipe de direction, mais pas de revenir sur le caractère national des enseignements. Nous avions mis en place cette réforme à titre expérimental pendant mon quinquennat : le gouvernement actuel, encore une fois par idéologie, l’a supprimée.Pendant votre quinquennat, vous étiez réticents à l’idée de vous immiscer dans les commissions de spécialistes qui définissent les programmes. Avez-vous évolué sur ce point ?L’enseignement de l’histoire est d’abord l’affaire des historiens. Mais les responsables politiques sont fondés à être attentifs au respect d’une vision aussi complète que possible de notre histoire. Le pouvoir socialiste fait des choix qui consistent à privilégier des épisodes qui culpabilisent la France : c’est inacceptable. Je rappelle que la réécriture des programmes d’histoire a fait l’objet de la contestation la plus ferme par les intellectuels et les historiens les plus éminents : le Gouvernement doit cesser de les ignorer La mémoire est l’une des vertus les plus importantes de notre République, au moment où elle s’interroge sur son identité. Il en va de même pour le grec et le latin. Qu’advient-il d’un arbre, fut-il millénaire, dont on coupe les racines ?Quel aspect de la réforme vous paraît-il le plus nuisible ?La suppression des classes bilangues est une décision idéologique incompréhensible. Le Gouvernement leur reproche d’être élitistes. Cet égalitarisme est le contraire de ce que nous souhaitons. L’instauration de l’interdisciplinarité est aussi bavarde et qu’inefficace. Au nom du pédagogisme, on veut nous faire croire que c’est à l’élève de construire son propre savoir. Au fond c’est une fausse égalité qui nous est proposée, qui tourne le dos au mérite et à l’effort. Et que dire de l’objectif affiché, expressis verbis, pardon pour le latin, de supprimer ces valeurs que sont l’effort, la contrainte, la persévérance tout cela parce qu’il ne faut pas que l’élève s’ennuie ?Regrettez-vous d’avoir utilisé le mot de « médiocrité » pour dénoncer la politique de Najat Vallaud-Belkacem et Christiane Taubira ?Un dirigeant du PS dont j’ai oublié le nom a dit que j’étais « légèrement» xénophobe. J’apprécie le « légèrement ». Je m’aperçois surtout que cette personne a été victime du pédagogisme, car il ignore le sens des mots : il n’y a pas de xénophobie entre Français. Madame Vallaud-Belkacem et Madame Taubira sont Françaises. M’accuser de xénophobie, c’est présenter ces deux ministres comme étrangères. Voilà une différence de vue. Si une femme présente une réforme et qu’on est contre, ce n’est pas du sexisme, si un responsable politique de couleur présente un projet et qu’on est contre, ce n’est pas du racisme, si un étranger dit quelque chose et qu’on est contre, ce n’est pas de la xénophobie. C’est justement tout le contraire. Nous nous intéressons à ce que proposent nos adversaires politiques, et non pas à leur personne et encore moins à leurs origines.
Source: Actualités UMP

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