"La machine va se bloquer. Et le système tout entier va passer par dessus bord. "


Peut-on changer l’Europe ? Les écologistes peuvent-ils s’unir ? Comment sortir de la croissance ? Après José Bové et Corinne Lepage, Jean-Luc Mélenchon s’explique avec Reporterre.
Reporterre – L’Europe institutionnelle est–elle réformable ?
Jean-Luc Mélenchon – Elle n’est pas réformable. Il faudrait revenir sur le traité de Lisbonne et à démanteler le traité budgétaire : ce n’est pas une réforme, c’est tout remettre à plat. Une fois qu’on a dit qu’elle n’est pas réformable, la question se pose : faut-il une Europe ? Je dis : oui, l’union de l’Europe est une nécessité parce que c’est le moyen d’empêcher la guerre. La matrice de la plupart des guerres sur cette planète est la vieille Europe.
Mais ce n’est pas la première fois qu’on essaye de faire l’union de l’Europe. Toutes les tentatives historiques ont échoué, depuis l’Empire romain. Mais on n’a jamais impliqué les citoyens dans cette construction. Pourtant, nous, Français, avions la clé : car la nation française est le résultat d’une agglomération de peuples ayant des religions différentes, le protestantisme le catholicisme, et des langues différentes – des Occitans, des Bretons, des Basques, qui parlaient la langue de leur terroir et de leur culture. On n’a pas fait cela. Mais ce n’est pas parce qu’on a échoué qu’il faut renoncer. Je suis partisan de refonder l’Europe.
Mais quel est le diagnostic, en fait ? Fonctionne-t-elle vraiment mal, l’Europe ?
Elle fonctionne très bien pour la prédation financière. Elle fonctionne plutôt bien pour la libre circulation des marchandises. Mais elle fonctionne de manière abominable pour la circulation des personnes, que celles-ci viennent de l’extérieur, ou circulent à l’intérieur des frontières de l’Europe : c’est le résultat d’un dumping social avec notamment les directives sur les travailleurs détachés. De même, d’année en année, les droits sociaux s’unifient par le bas.
Et en ce qui concerne l’environnement ?
La nouveauté de l’exigence écologique a pu se frayer un passage plus grand dans l’espace européen que dans les Etats nations, où les lobbies qui se confrontaient à cet impératif écologique avaient plus de moyens d’intervenir. Il y a eu des avancées dans la réglementation environnementale. Mais il y a aussi des échecs énormes, tels que le marché carbone qui transpose dans le domaine du climat les concepts du libéralisme et de la marchandisation de toutes choses. La seule chose que cela a produit est une spéculation et un effondrement des coûts du carbone.
Cela nous amène au cœur de la question : au sommet de la hiérarchie des normes européennes, il y a la concurrence libre et non faussée. Donc, il n’y a pas de place pour l’intérêt général, puisque la concurrence libre et non faussée est par définition la confrontation des intérêts particuliers.

Que faire ?
La subvertir par les mouvements sociaux, la dénonciation, la critique. Et aussi par le bulletin de vote parce que, ou bien on vote ou bien on règle les problèmes à coups de bâtons. Moi, je préfère le vote. Donc, je préfèrerais que les gens se déplacent pour opter pour telle ou telle Europe, même si ce Parlement n’est pas vraiment un Parlement, même si les institutions européennes ne sont pas démocratiques. Imaginez que les députés se déclarent en assemblée constituante. Qui les en empêcherait ?
Comment expliquez-vous le désamour des citoyens pour l’Europe ?
Ils ont raison. Ils ont investi beaucoup d’espérance. Les Français ont vécu trop de guerres pour ne pas comprendre que la paix n’est pas un état de nature et que cela passe par des institutions. Mais ils ont parfaitement compris qu’on se moque d’eux. Quand ils votent

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