Le Parti de Gauche soutient les camarades égyptiens menacés d’expulsion vers leur pays (http://www.lepartidegauche.fr/actualites/communique/halte-expulsions-des-militants-egyptiens-27391), et rend hommage à leur courage face à un régime tyrannique.
Depuis la création de notre jeune Parti en 2009, nous avons soutenu l’opposition de gauche en Egypte, et le soulèvement populaire qui a abouti à la chute de Moubarak. Les causes de ce soulèvement ne se trouvaient pas seulement dans la nature autoritaire et corrompue du régime Moubarak, mais également dans l’immense détresse sociale de la population. Cette tyrannie n’a pu perdurer que grâce à l’appui inconditionnel des Etats-Unis d’Amérique, qui ont financé l’armée égyptienne en échange du maintien de la paix avec Israël. Ce lourd contexte géopolitique ne doit pas être ignoré. Il faut également souligner la responsabilité de l’Arabie Saoudite dans la propagation du fanatisme religieux au sein d’une population qui comptait pourtant dans les années 60 parmi les plus progressistes de la région.
C’est pourquoi, au moment où, lors des premières élections libres, certains commentateurs voyaient à tort les Frères Musulmans comme une alternative au système militaire, nous alertions au contraire sur le danger extrême représenté par l’islamisme qui, en plus d’être une menace pour toutes les égyptiennes et tous les égyptiens, ne visait qu’à perpétuer le système sous une autre forme. Ainsi dès 2011, l’armée et les frères musulmans conclurent des accords visant à exclure les forces révolutionnaires du processus de transition. Il s’agissait donc bien d’une fausse alternative.
Si les Frères Musulmans gagnèrent l’élection de 2012, leur victoire fut de courte durée et l’armée profita du légitime mouvement populaire de Juin 2013 pour chasser les islamistes du pouvoir. Le Parti de Gauche compta à la fois parmi les soutiens de la campagne Tamarrod pour exiger le départ de Morsi, et parmi les rares voix qui dès Juillet 2013 dénoncèrent le retour de l’armée et de la dictature. Il suffisait de regarder qui soutenait Morsi (Erdogan, Ennahdha, le Qatar) et qui soutenait Sissi (Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis) pour comprendre qu’il s’agissait d’un règlement de comptes interne à un système dont aucun des représentants n’étaient à soutenir.
La révolution égyptienne, tout comme la révolution tunisienne, n’en est qu’à ses débuts, et fait selon nous partie d’un cycle long qui touchera toute la région jusqu’à arriver chez nous. En effet malgré les grandes différences de situations, nous pouvons dresser des analogies avec la situation en France. Ici aussi, la crise du capitalisme productiviste menace l’oligarchie au pouvoir. Même si notre système reste évidemment infiniment préférable à une dictature, il ne répond pas aux attentes de la population. Du coup, pour pouvoir survivre, il doit créer un épouvantail, un parti chargé de détourner les préoccupations sociales et écologiques de la population vers des préoccupations identitaires ; et ainsi de détourner la lutte des classes vers la lutte des identités.
L’extrême-droite française joue donc exactement le même rôle que les islamistes : ce sont les idiots utiles d’un système qui les utilise d’abord comme repoussoir mais qui n’hésitera pas, si cela s’avère nécessaire, à leur prêter les clés de la maison pendant un court laps de temps, ce qui lui servira à justifier une restauration violente – et au passage, la suppression des élections et des libertés civiles. Ce scénario-catastrophe pour nous est devenu réalité en Egypte ; même si évidemment les situations restent très différentes.
La seule solution pour sortir l’Egypte de ce cauchemar, c’est l’union large de toutes les forces de gauche qui refusent à la fois de se soumettre à l’oligarchie et à la pseudo-contestation identitaire. Cette réunification de l’opposition de gauche est, en Egypte comme d’ailleurs en France, un long chemin mais c’est le seul possible pour qu’émerge enfin une société réellement démocratique, laïque, féministe, écologique et sociale.
Source: Actualités Parti de Gauche
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