La réélection de Giorgio Napolitano comme Président de la République italienne n’est pas un fait anodin bien au contraire. En 67 ans, la jeune République parlementaire s’était bien gardée d’élire pour un second mandat de sept ans un président qui peut être selon ses ambitions politiques un garant neutre de la Constitution ou le démiurge de l’action gouvernementale. Pour préserver l’initiative parlementaire, les présidents, à la fin de leur septennat, étaient faits pères de la République, nommés sénateurs à vie, et certains d’entre eux (comme Pertini et surtout Ciampi) allaient jusqu’à théoriser l’inconstitutionnalité d’un second mandat présidentielles bien qu’il eut été aisé pour eux de briguer un second mandat. Giorgio Napolitano lui même, depuis la chute du gouvernement Berlusconi et l’entrée en fonction au poste de Premier ministre de l’ex-commissaire européen Mario Monti, n’avait eu de cesse de répéter qu’il était indisponible pour un second mandat. Et il a continué de le dire jusqu’au flinguage de Romano Prodi par 101 grands électeurs du Parti Démocrate. Alors pourquoi ce tremblement de terre institutionnel, cette remise en cause radicale des us et coutumes de la République ?
Pour comprendre ce grand chambardement, il faut revenir un an et demi en arrière et comprendre ce qui s’est joué lors de la chute du gouvernement Berlusconi. Contrairement à ce qu’une lecture peu attentive pourrait laisser entendre le gouvernement, Berlusconi n’est pas tombé sous les coups de son opposition de centre gauche, aphasique depuis trois ans, ni grâce au travail important de la magistrature. Non : il s’est fait descendre par la Banque Centrale Européenne, la Commission Européenne et Bankitalia, la banque centrale italienne. En effet ce gouvernement largement corrompu et profondément réactionnaire avait un seul vrai défaut pour le pouvoir de la finance : celui de ne pas appliquer assez vite les mesures contenues dans la lettre de Juillet 2011 que Jean-Claude Trichet, Olli Rehn et Mario Draghi avaient envoyée à Berlusconi. Au moment de la chute du gouvernement Berlusconi, Giorgio Napolitano avait la possibilité de convoquer des élections anticipées et de remettre dans les mains du peuple souverain le choix des politiques à mettre en place. Mais il n’en fit rien. Pour complaire à la BCE et à la Commission Européenne il nomma Mario Monti président du Conseil. Les dix-huit mois qui suivirent auront été, en toute logique, marqués par une application violente des politiques austéritaires européennes.

Ce qui se jouait avec l’élection du président de la République c’était la poursuite à outrance de l’austérité et la casse de l’État social sur ordre de la Troïka puisque le Parlement issu des élections de février est divisé en trois blocs plus ou moins égaux. Il ouvrait une crise politique dans lequel d’aucuns virent le meilleur alibi pour passer d’une République parlementarisme à un présidentialisme revendiqué. C’est en ce sens il fallait lire la création des deux commissions de

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