Pour faire face à la crise écologique globale, créons des éco-régions

« Les éco-régions constitueront le maillon central d’une planification écologique adaptée […] leur délimitation répondra à des cohérences écologiques combinées – bassins versants de rivières, massifs montagneux ou forestiers »

Éco-régions. La France est en état d’alerte écologique, et tout se passe comme s’il n’en était rien. Devant l’approfondissement et la généralisation de la crise écologique, une cartographie nouvelle pour la décision politique est indispensable pour garantir l’action nécessaire et urgente. Une nouvelle définition des tâches des régions et de leur découpage en éco-régions, le permettrait. 

La France est en état d’alerte écologique, et tout se passe comme s’il n’en était rien. Comme si les épisodes confirmant le changement climatique et la crise écologique globale étaient des inconvénients provisoires. Comme si le réchauffement cessait d’être un problème avec la pose de climatiseurs. Comme si l’air, l’eau, la terre, toute la biodiversité, n’avaient pas été empoisonnés en France contribuant ainsi globalement au changement climatique.

La terre, l’air, l’eau, la santé : ces communs sont en crise sous l’effet de leur marchandisation généralisée. Nos sols sont pourris par les pesticides. La guerre de l’eau est déjà là, partout désormais elle est contaminée aux polluants éternels. Dans les villes, l’air est saturé de pollutions multiples. S’ensuit une épidémie de maladies d’origine politique : cancers, maladies chroniques, troubles neurologiques et reproductifs. Quant au foncier, il est livré à la spéculation laissant la rentabilité primer dans tous les aspects. 

Nous dépendons au quotidien d’une multiplicité de réseaux et d’infrastructures (d’eau, numériques, électriques, de mobilité, etc.). Mais ils existent sur la base d’une armature écologique vivante. Le capitalisme la détruit sans tenir compte du fait que tout s’effondre avec.

Cela suffit.

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Instinctivement, les gens savent que le temps des petits pansements sur les grandes plaies est fini. Le moment est mûr pour une révolution des attitudes, des choix et des moyens de décisions pour réparer les dégâts et protéger durablement le vivant. 

Dépolluer l’air, l’eau et les sols, réparer les conditions du vivant, reméandrer nos cours d’eau, désimperméabiliser les sols pour recharger les nappes phréatiques, prévenir les inondations, etc. : comment s’assurer que cela soit fait efficacement et durablement ? Comment se voir garantir d’autres impératifs avec de nouveaux indicateurs définis pour mesurer la santé humaine et environnementale, la satisfaction des besoins fondamentaux du vivant, et le métabolisme écologique ?

Devant l’approfondissement et la généralisation de la crise écologique, une cartographie nouvelle pour la décision politique est indispensable pour garantir l’action nécessaire et urgente. Le système administratif articulant la commune, le département et l’État, ne suffit pas. Car il ne satisfait pas les besoins liés aux continuités écologiques qui constituent l’espace national. Il ne permet pas non plus d’articuler la planification écologique à une maille plus fine que celle de l’État central, mais aussi plus structurante que celle des communes. La République écologique qu’il faut instituer doit donc s’ancrer dans une organisation du pouvoir politique citoyen adaptée à cet impératif.

Une réorganisation simple est à portée de main. Une nouvelle définition des tâches des régions et de leur découpage le permettrait. Tournons donc la page de la réforme Hollande de 2015 créant treize régions ayant pour but de favoriser « l’attractivité », la « compétitivité » et la « puissance économique » face au marché européen. On connaît les sous-entendus d’une telle vision. C’est la concurrence qui prime dans les rapports sociaux, les lieux deviennent des marques dans lesquelles on investit, le vivant et la nature y sont avant tout des ressources. En somme, les régions actuelles sont la traduction spatiale de la marchandisation du monde qu’impose le capitalisme de notre temps. 

Nous soutenons donc la proposition de créer des éco-régions. L’idée répond à plusieurs impératifs. D’abord afficher dans le fonctionnement de l’État lui-même la finalité écologique. Ensuite sur le plan opérationnel, ces éco-régions constitueront le maillon central d’une planification écologique adaptée. Car leur délimitation répondra à des cohérences écologiques combinées – bassins versants de rivières, massifs montagneux ou forestiers, etc.

Un travail doit s’engager pour définir et délimiter ces éco-régions afin de pouvoir les mettre en place aussi rapidement que possible. Nous ne partons pas de rien, loin de là. Depuis des décennies, chercheurs, associations, collectifs, s’activent pour donner forme à cette autre manière d’habiter le monde.

L’élection présidentielle permet de faire ce choix clairement et démocratiquement. Elle est présente dans le programme des Insoumis qui ont décidé de la prendre en charge. Mais nous souhaitons que toutes les autres composantes politiques du pays l’adoptent à leur tour pour créer un consensus général facilitant sa mise en œuvre rapide. Car la création de telles éco-régions est une condition de base nécessaire pour l’adaptation de notre État à l’impératif écologique de notre siècle.

Signataires : 

Claire Lejeune, députée de la France insoumise

Gabriel Amard, député de la France insoumise

Martine Billard, ancienne députée

Marie Chureau, activiste pour l’écologie et les droits humains

Delphine Ducret, co-animatrice du groupe thématique Planification écologique de la France insoumise

Jérôme Gaillardet, géochimiste, professeur à l’Institut de physique du globe de Paris

Cécile Gintrac, géographe, première adjointe à l’urbanisme de Saint-Denis

Jérôme Gleizes, conseiller d’arrondissement du 20e, Verts populaires

Daniel Ibanez, fondateur des rencontres annuelles de lanceurs d’alerte

Grégoire Landoyer : Écoloclaste, journaliste vidéo

Emile Meunier, Conseiller de Paris et cofondateur les Verts Populaires

Julia Mignacca, élue à Montpellier et porte-parole des Verts populaires

Michel Philippo, co-animateur du groupe thématique Planification écologique de la France insoumise

Allan Popelard, géographe

Clément Sénéchal, spécialiste des questions écologiques

 

Une tribune initialement publiée dans Le Club de Mediapart.

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