Un “plan de fouilles XXL” : la bestialisation comme stratégie politique

Communiqué des députés insoumis membre de la Commission des Lois de l’Assemblée nationale

Derrière l’annonce tonitruante d’un « plan de fouilles XXL », Gérald Darmanin réactive une vieille recette : associer communication sécuritaire et démonstration de force. Avide de consolider son autorité sur l’administration pénitentiaire et de s’imposer comme figure centrale du champ répressif, il déploie en détention une série d’opérations de fouilles massives, brutales, spectaculaires, parfaitement calibrées pour les caméras, et dont l’objectif semble davantage politique qu’opérationnel.

Ces opérations ne sont ni une innovation, ni un progrès. Elles ont déjà été menées sous plusieurs ministères et ont démontré leur inefficacité sur le long terme pour juguler l’introduction de stupéfiants ou de téléphones en détention. C’est un secret de polichinelle dans la profession : un téléphone retrouvé est remplacé en quelques jours ; un réseau démantelé renaît autrement. Ce que ces fouilles massives produisent en revanche, et de manière certaine, c’est de la peur, de l’humiliation, et de la tension durable dans les établissements.

Une réponse politique qui nie la dimension humaine

Sous couvert de lutte contre le narcotrafic, concept fourre-tout permettant de fusionner, au passage, tous les profils de condamnation, le ministre réduit les personnes détenues à l’image commode d’un bloc homogène de dangerosité, une altérité menaçante justifiant tous les traitements et les abus. Cette rhétorique n’est pas neutre : elle bestialise, elle déshumanise, elle facilite l’acceptation de pratiques intrusives qui seraient refusées pour n’importe quel autre groupe de population.

Les associations de défense des droits, comme l’Observatoire International des Prisons Section française (OIP-SF), rappellent depuis des années qu’une politique pénitentiaire fondée sur le choc, la peur et l’humiliation ne réduit ni la récidive, ni la violence. Elle fabrique du ressentiment, elle fracture le climat carcéral, elle isole encore davantage les personnes détenues du contrat social que l’on prétend leur réapprendre.

Un coût social et humain pour les agents pénitentiaires

Cette stratégie de communication se fait également au détriment des personnels. Les organisations syndicales du milieu pénitentiaire alertent régulièrement : multiplier les opérations d’éclat épuise les équipes, détourne les effectifs de leurs véritables missions et exacerbe les tensions avec les personnes incarcérées.

Les personnels de surveillance et les équipes régionales d’intervention et de sécurité (ÉRIS) se retrouvent en première ligne sans qu’aucune réflexion structurelle ne soit menée sur le sens de leur métier, sur la surpopulation, sur les conditions de travail, sur l’absence de politique de réinsertion ambitieuse. Pour beaucoup, ce sentiment revient : on transforme les surveillants en soldats, et la détention en champ de bataille.

La presse complice d’une dramaturgie sécuritaire

À cela s’ajoute l’irresponsabilité de certains médias qui, fascinés par l’esthétique de l’intervention et la dramaturgie politique, se contentent d’accompagner la mise en scène sans esprit critique. Suivre ces opérations comme un « raid spectaculaire » participe à cette banalisation d’une violence institutionnelle. Le spectacle l’emporte sur l’analyse, l’émotion sur le contexte, le récit sur la vérité.

Après tout, semble dire l’opinion, rassurée, ce ne sont que des prisonniers. On peut les fouiller, les enfermer, les exposer. Ce glissement est dangereux.

Refuser le silence

Non, nous ne sommes pas condamnés à accepter ces pratiques. Les dénoncer, c’est affirmer qu’un État de droit se mesure précisément à la manière dont il traite celles et ceux qui ne suscitent pas la sympathie de la majorité. Nous ne nous tairons pas pour continuer à dire que ces opérations brutales servent avant tout un agenda politique, un positionnement personnel, une logique de communication bien plus qu’une politique pénitentiaire cohérente, humaine et efficace.

Parce qu’il ne s’agit pas de bêtes, mais d’êtres humains.

Parce qu’une prison qui déshumanise renonce à l’idée même de justice.

Parce qu’il reste indispensable de rappeler qu’humilier n’a jamais été réinsérer, et ne le sera jamais.

Les commissaires aux Lois du groupe LFI : Ugo Bernalicis, Gabrielle Cathala, Jean-François Coulomme, Andy Kerbrat, Antoine Léaument, Élisa Martin, Danièle Obono, Thomas Portes, Andrée Taurinya

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