Rachida Dati : « En cinq ans, la fracture sociale s’est accentuée comme jamais »

L’ancienne ministre de la justice et actuelle maire du 7e arrondissement de Paris estime, dans une tribune au « Monde », que la méthode employée par le gouvernement pour gérer la crise sanitaire est responsable de la montée des tensions en France. Elle réclame davantage de consultation et de coconstruction.
Au cours de l’été, la fracturation de notre pays s’est aggravée de manière extrême, au point de mettre en jeu la paix civile. Même si nous sommes en phase de rattrapage, les chiffres de la vaccination contre le Covid-19 montrent que les réticences à son égard rejoignaient d’autres fractures, sociales et territoriales. Il y a une correspondance parfaite entre le taux de vaccination et le niveau de revenus en Ile-de France. Les responsables politiques doivent s’interroger sur les raisons anciennes qui ont conduit la défiance à s’ancrer chez une partie de nos concitoyens et dans certains territoires.
En responsabilité, ils doivent prendre la mesure de l’impact qu’ont pu avoir les revirements multiples lors des mois passés, mais aussi des scandales sanitaires anciens. Qu’un des territoires les plus hostiles à la vaccination soit la Martinique, touchée par le scandale du chlordécone, pesticide hautement nocif, pour lequel l’Etat a été jugé responsable en novembre 2019, n’est pas anodin.
Je ne fais pas peser l’entière responsabilité de la défiance sur le gouvernement, mais je constate qu’il l’aggrave en n’en prenant pas la mesure ou en la traitant avec mépris. Parmi ceux qui ont basculé dans la défiance se trouvent ceux que l’on applaudissait chaque soir à 20 heures lors du premier confinement. Les promesses d’un monde d’après plus juste, plus égalitaire, et qui reconnaisse mieux l’utilité sociale des métiers, n’ont jusqu’à présent pas été suivies d’effet.
Ce que nous vivons actuellement dépasse l’enjeu sanitaire et réside dans l’état de mise sous tension du pays. Quand le gouvernement fait mine de faire œuvre de pédagogie, il ne fait que mettre de l’huile sur le feu. Comme pour le mouvement des « gilets jaunes », les dérives inacceptables d’une minorité sont instrumentalisées pour décrédibiliser toute opposition. Comme pour le mouvement des « gilets jaunes », le gouvernement joue avec les peurs pour fédérer une partie de la population contre une autre, désignée, chaque jour, comme plus menaçante. On laisse la France des écœurés se ranger soit du côté de l’abstention soit du côté des extrêmes, jusqu’au jour où le pays s’embrasera.
Changement de méthode
Je ne pense pas que le gouvernement fasse ce qu’il peut, comme on l’entend parfois dire. Je pense qu’il joue avec les peurs. Hystériser le débat sur la vaccination lui évite d’avoir à parler de la dette abyssale qui se creuse, d’un pays qui ne maîtrise pas ses frontières, d’un pays qui n’offre plus aucun espoir d’ascension sociale. En cinq ans, la fracture sociale s’est accentuée comme jamais. Cela n’est pas tant perceptible par les indicateurs économiques que dans un sentiment profond et durable d’exclusion et de relégation qui s’est installé.
Les classes populaires n’ont pas seulement le sentiment qu’elles ne peuvent plus changer de condition, elles se sentent méprisées et exclues du débat public. Comment pourrais-je ne pas comprendre leur dégoût et leur révolte ! Si je me suis tant battue pour m’élever, ce n’était pas seulement pour réussir socialement et professionnellement. Dans ce cas, j’aurais quitté bien vite une vie politique où j’ai été en permanence sous le coup d’attaques et de suspicions. Si j’ai voulu m’élever, c’était aussi pour changer les choses, avoir les moyens d’agir, combattre les déterminismes, tenter de réduire le fossé qui sépare, en France, les conditions sociales. Combien de temps accepterons-nous de voir notre pays se fracturer ? Cela ne peut plus continuer.
Moi, pourtant femme de droite, je ne crois plus qu’un homme providentiel résoudra le problème croissant de la défiance. La France est trop abîmée pour considérer qu’une femme ou un homme suffira, à elle ou à lui seul(e), à changer les choses.
Ce dont la France a besoin, c’est d’un changement de méthode. Nous vivons une déconstruction sociale sans reconstruction d’un désir de vie collective. La nouvelle méthode que nous devons utiliser doit être fondée sur une logique de consultation, de construction collective, une méthode sans mépris et dans l’écoute. L’enjeu de la prochaine élection sera de porter la voix de tous ceux qui ne se retrouvent plus dans l’état du pays.
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Source: Actualités LR

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