Rachida Dati : « Les résultats ne sont pas au rendez-vous »

Rachida Dati, maire LR du 7e arrondissement de Paris et ancienne garde des Sceaux, revient sur la situation sécuritaire en France. Elle déplore une « explosion de la délinquance » et une « dégradation » sous le mandat d’Emmanuel Macron. « Annoncer une réforme de la justice et une augmentation des moyens à treize mois d’une élection présidentielle, c’est à la fois reconnaître un échec et faire des promesses qui ne seront pas tenues », déclare-t-elle à propos du recrutement de policiers et du plan prison annoncés par le chef de l’Etat.
Une attaque terroriste a visé vendredi le commissariat de Rambouillet et une policière a été tuée. Comment lutter contre ces attaques ?
On ne peut plus nier qu’il y a un lien entre une certaine immigration, en particulier la plus récente, et le terrorisme. Ce gouvernement refuse de tout mettre en oeuvre pour expulser les clandestins qui arrivent sur notre territoire. Et parmi ces personnes qu’on n’expulse pas, certains s’attaquent aux valeurs de la France, et une minorité dérive vers le terrorisme. La conclusion de ce quinquennat sera que la France n’a pas repris la souveraineté sur ses flux migratoires. La première mesure à prendre est de durcir les règles de rétention à l’encontre des clandestins. La durée de rétention peut aller jusqu’à 1 an dans certains pays d’Europe, voire jusqu’à l’expulsion effective. Par ailleurs, il faut cesser toute aide aux pays qui refusent de reprendre leurs ressortissants. Lors de ce quinquennat, il n’y a eu aucune politique vis-à-vis de l’Afrique et face aux échecs des printemps arabes et on en paye les conséquences.
La situation sécuritaire se dégrade-t-elle en France ?
Malheureusement, le président de la République a trop longtemps écouté ceux qui considèrent qu’il n’y a pas de problème d’insécurité en France mais simplement un sentiment d’insécurité. Or les Français sont tous les jours confrontés à une explosion de la délinquance, en particulier des agressions physiques et des atteintes aux biens. Ils veulent que la sécurité soit au coeur de l’action publique. Au terme de ce quinquennat, les résultats ne seront pas au rendez-vous, le bilan sera celui d’une dégradation.
Pourtant, Emmanuel Macron a confirmé le recrutement de 10.000 policiers et gendarmes et la création de 15.000 places de prison d’ici à la fin du quinquennat. Que faudrait-il faire selon vous ?
Ne pas avoir lancé dès le début du quinquennat la construction de places de prison, de centres éducatifs fermés et ne pas avoir défini de politique pénale claire et ferme a dégradé le rapport des Français à la justice. Ils savent que le sentiment d’impunité des délinquants est lié à la faiblesse des sanctions et à l’absence de politique pénale. Annoncer une réforme de la justice et une augmentation des moyens à treize mois d’une élection présidentielle, c’est à la fois reconnaître un échec et faire des promesses qui ne seront pas tenues. L’urgence aujourd’hui, ce n’est pas tant une réforme de la justice que de donner de véritables directives au parquet, aussi bien au niveau de la politique pénale que sur l’effectivité de l’exécution de la sanction.
Nicolas Sarkozy, lui, avait supprimé des postes de policiers…
La lutte contre la délinquance ne repose pas uniquement sur le nombre de policiers, mais aussi sur une stratégie de sécurité. C’est ce qui manque aujourd’hui. Entre 2002 et 2012, les compétences de chaque force de sécurité ont été redéfinies. Cette stratégie était accompagnée par une politique pénale assumée de lutte contre la délinquance. Et ça a conduit à des résultats sans discussion de baisse de la délinquance sur cette période.
Que pensez-vous des manifestations de policiers ces derniers jours ?
Le gouvernement doit être aux côtés des forces de l’ordre. Il est urgent de leur redonner confiance en les soutenant et en permettant à la justice de prononcer des sanctions plus adaptées et véritablement dissuasives, comme le rétablissement des peines plancher. A cet égard, je regrette que la gauche, par pure démagogie, les ait abrogées.
Vous êtes donc d’accord avec Xavier Bertrand, qui veut instituer des ‘peines automatiques’ contre les agresseurs de policiers ?
Les Français attendent la garantie qu’il n’y aura pas d’impunité pour des actes qui sont considérés comme très graves. Tout comme les forces de sécurité, ils réclament le rétablissement des peines plancher. Une peine plancher, ce n’est pas une peine automatique. D’ailleurs, je n’ai pas eu besoin de modifier la Constitution pour les instaurer. Le principe d’individualisation des peines et le pouvoir d’appréciation des magistrats sont préservés. Les peines plancher sont des sanctions claires et dissuasives.
Après l’affaire Sarah Halimi, faut-il changer la loi sur l’irresponsabilité pénale ?
Chacun peut comprendre l’émotion voire l’incompréhension qu’a suscitées la décision. En 2008, choquée par une affaire similaire, j’ai réformé le régime de l’irresponsabilité pénale en ajoutant trois éléments majeurs : d’abord, l’instauration d’un débat public devant la chambre de l’instruction. Ensuite, j’ai obtenu que, même s’il y a irresponsabilité pénale, la chambre de l’instruction se prononce sur l’imputabilité des faits. Enfin, depuis 2008, la chambre de l’instruction peut prononcer des mesures de sûreté à l’égard de l’auteur, notamment à sa sortie de l’hôpital psychiatrique. Cette sortie ne se fait plus de manière automatique. En 2008, j’avais souhaité aller plus loin encore en encadrant les critères d’irresponsabilité. Cela nous a été refusé à l’époque, mais il serait souhaitable aujourd’hui de reposer le sujet afin de ne pas accroître la défiance des Français vis-à-vis de la justice.
Selon Valérie Pécresse, la justice a été « défaillante » avec l’acquittement de huit des treize personnes jugées pour l’attaque de policiers à Viry-Châtillon. Êtes-vous d’accord ?
La véritable leçon de Viry-Châtillon, c’est que les forces de l’ordre sont à bout. Et que, contrairement aux déclarations du ministre de l’Intérieur, ces violences graves ne sont pas seulement le fait de trafiquants de drogue, mais résultent aussi d’un recul général de l’ordre républicain dans certains territoires. Si l’ordre n’est pas rétabli, je le dis avec gravité, des Français se laisseront aller à vouloir se faire justice eux-mêmes. Ce sera alors la guerre de tous contre tous.
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Source: Actualités LR

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