Philippe Juvin : « Les 100.000 décès du Covid ne sont que la partie émergée de l’iceberg »

Le chef des urgences à l’hôpital européen Georges-Pompidou et maire LR de La Garenne-Colombes voit dans le bilan humain de la crise du Covid « l’échec de notre système de santé ». Et tacle l’exécutif : « Depuis un an, nous sommes en retard sur tout et ne bougeons que sous la pression. »
La barre des 100.000 morts liés au Covid va être franchie en France. Qu’est-ce que cela inspire au médecin que vous êtes ?
C’est un chiffre considérable et encore ne s’agit-il là que de la partie émergée de l’iceberg. Si on y ajoute tous les décès non-Covid de l’épidémie , causés par la désorganisation, c’est peut-être deux ou trois fois plus… Ce drame est pour moi le témoin de l’échec de notre système de santé. Pendant des années, on s’est bercé avec l’idée que nous avions le meilleur système du monde et on s’aperçoit qu’il était inadapté.
En quoi, exactement ?
Notre recherche est déclassée et il est flagrant de voir que l’on a raté les deux révolutions scientifiques de cette épidémie : l’ ARN messager et le séquençage qui permet d’identifier les variants. Nous n’avons pas non plus assez investi dans la prévention et la surveillance. Dans cette crise, nous avons donc été aveugles en permanence, faute d’avoir les bons outils, comme par exemple l’analyse des eaux usées : en 2013, les Israéliens ont vacciné un demi-million de personnes après avoir découvert une trace de virus de la poliomyélite dans les eaux usées. Nous sommes dépourvus de tels indicateurs de circulation virale.
Enfin, l’hôpital s’est avéré beaucoup trop petit, incapable de s’adapter à des pics d’activité. On le voyait déjà chaque année avec la grippe mais avec le Covid, le système hospitalier n’a plus de marge de manoeuvre : c’est comme une bouteille d’un litre dans laquelle, brutalement, on doit verser deux litres.
Et qu’en dit, cette fois, le politique que vous êtes ?
Que les politiques ont été incapables d’enrayer le déclassement d’un pays qui, aujourd’hui, dépend profondément de l’étranger pour des besoins les plus élémentaires. 80 % de nos antibiotiques sont fabriqués en Chine et le pays de Pasteur n’est pas fichu de prendre le virage scientifique du début du XXIe siècle ! En janvier 2020, j’avais cherché le plan pandémique grippal. J’ai découvert qu’il n’y en avait même plus…
Un tel bilan humain était donc selon vous évitable…
Oui. En 2017, la Commission européenne a réuni les Etats membres et d’autres pays comme le Canada. Il a été estimé que face à une épidémie très grave menaçant l’espèce humaine, il faudrait être capable de faire des vaccins à toute vitesse et d’utiliser la technologie de l’ARN messager. La France a refusé de s’associer à la démarche. Pourquoi ?
Pourquoi avoir également décidé de ne pas avoir de stocks stratégiques , il y a dizaine d’année ? Autant je comprends que nous puissions avoir été surpris en mars 2020, autant il est incompréhensible que, un an plus tard, nous le soyons toujours. On n’a pas redonné de moyens à l’hôpital, ni doté la France des outils de surveillance épidémiologiques, ni même organisé un dialogue démocratique qui permette aux gens d’accepter ce qui se passe. Depuis un an, nous sommes en retard sur tout et ne bougeons que sous la pression.
Avec l’accélération de la vaccination, le Covid peut-il être bientôt de l’histoire ancienne ?
C’est une accélération toute relative. Ce n’est pas parce qu’on nous dit qu’on va vacciner les plus de 55 ans qu’on a déjà vacciné tous les plus de 85 ans. Et ça fait des mois et des mois qu’on doit accélérer. La stratégie que nous devons avoir et que nous n’avons toujours pas, c’est une stratégie d’éradication. Elle repose sur la vaccination mais ça ne suffit pas. Elle repose aussi sur des outils de traçage , d’isolement, d’identification, etc.
Quel serait le premier levier à activer pour éviter qu’une telle crise se reproduise ?
L’an dernier, on a demandé au maire de Séoul : « Pourquoi est-ce que ça marche chez vous ? Les masques ? Les tests ? » Il a répondu : « Parce que les gens ont confiance dans les décisions qui sont prises. » La clé est là. Sans confiance , les mesures ne sont pas acceptées : on ne respecte pas les mesures barrières, on ne se fait pas vacciner, on ne s’isole pas. Mais pour qu’une décision politique soit acceptée, il faut qu’elle soit partagée. Or le Conseil des ministres ne discute plus, le Parlement subit les ordonnances, les associations d’élus sont informées le lendemain des décisions. Nous avons dépensé plus de 20 % du PIB et considérablement limité les droits individuels sans véritable débat démocratique.
>> Lire l’interview sur LesEchos.fr
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Source: Actualités LR

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