Edito de Charlotte Girard publié initialement dans l’Heure du Peuple le 8 octobre 2018 (voir ici)
La question n’est pas seulement de savoir comment faire lâcher prise à ce pouvoir – ça, c’est la stratégie de la révolution citoyenne –, mais d’anticiper l’état dans lequel ils vont laisser nos biens communs, nos services publics, nos droits et les compétences acquises en des décennies de culture publique de l’État. Car le succès de tout projet de transformation politique dépend du terrain social sur lequel il prend appui.
Or la vente actée par la Loi PACTE des parts de l’État dans Aéroports de Paris et la Française des Jeux, cessions auxquelles s’ajoutent des actifs d’Engie (ex-GDF) poursuivent le dépouillement de ce qu’on appelle un secteur public. Certes tout a commencé bien plus tôt, sous un Gouvernement de cohabitation Chirac galvanisé par le tragique entrain libéral des années 80. Mais depuis, le rythme n’a pas faibli sauf paradoxalement sous le quinquennat Sarkozy, entravé dans son programme de privatisations, pourtant prévu, par une crise financière qui avait tellement réduit la valeur des actions que l’opération n’eût pas été assez juteuse à court-terme. Le problème des privatisations c’est qu’à long terme non plus elles ne sont pas profitables. Évidents manque à gagner pour l’État avec le temps, elles constituent surtout une bonne affaire pour les acquéreurs privés et un risque pour les salariés.
On aurait pu penser que le pathétique Vaudeville exécutif des derniers mois aurait conduit le Gouvernement à un peu d’« humilité » (sic) ; comprendre un peu plus de prudence politique et un peu moins d’arrogance bornée. Que nenni ! La Ministre des transports enchaîne sur la démission du troisième et dernier Ministre d’État par une invitation à la concertation sur l’ouverture à la concurrence des bus de la RATP. Dans la novlangue macronienne, « concertation » signifie « ultimatum avant libéralisation » et certes pas « négociation ». On l’a vu avec la SNCF dont le statut des salariés bascule irrémédiablement du côté de la précarité et le service public du côté de sa marchandisation.
Mais pourquoi donc un tel entêtement manifestement impopulaire et contre-productif ? D’abord parce que l’appât du gain est immense quand on a intérêt direct à ce type d’économie casino ; ensuite parce qu’on ne risque rien une fois au pouvoir : les institutions de la Ve République offrent le parfait bouclier.
Qu’on ne s’y trompe pas toutefois. La demande de la dame retraitée à Colombey-les-deux-églises injustement requalifiée en plainte par ce petit Président traduit une exaspération tangible. Et la « plainte » pourrait bien se transformer en action contre l’injustice d’une situation dont on souffre. Ce sera le ressort le plus sûr du retournement politique indispensable pour sauver ce qui reste et reconstituer l’État par lequel la volonté du peuple souverain pourra à nouveau s’exprimer. Car ce qui est en jeu à travers le dépeçage de l’État, c’est aussi la parole souveraine du peuple.

Charlotte Girard
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Source: Actualités La France insoumise

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