3 raisons pour lesquelles le redoublement est une fausse bonne réponse à l’échec scolaire

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Le ministre de l’Éducation nationale a décidé de remettre sur le devant de la scène la question du redoublement auparavant utilisé de manière exceptionnelle.
Si les taux de redoublement ont très fortement baissé ces dernières années, pour autant 22% des élèves français âgés de 15 ans ont redoublé au moins une fois et notre pays est au 5ème rang des pays de l’OCDE quant au nombre de redoublements.

Vouloir remettre en avant cette question, c’est faire fi d’une triple réalité: le redoublement est injuste socialement, impactant psychologiquement et inadapté pédagogiquement.

Injuste socialement: comme l’ont montré bon nombre d’études, le redoublement reste fortement connoté socialement: 57% des élèves de seconde professionnelle sont en retard contre 20% des élèves de seconde générale et technologique.

Les enfants d’ouvriers redoublent bien plus que les enfants de cadres, les enfants des familles monoparentales ont 37% de risques de plus de redoubler une classe et à niveau de difficultés égales, le taux de redoublement dépend largement de la catégorie sociale des élèves: c’est ainsi qu’un élève issu de milieu défavorisé est deux fois plus susceptible d’avoir redoublé qu’un élève de milieu favorisé.

Dans les écoles et établissements des REP et REP+ (Éducation prioritaire), où les familles défavorisées sont surreprésentées, les taux de redoublement sont nettement plus élevés qu’ailleurs.
Enfin, le niveau d’éducation des parents et les conditions économiques attachées à leur emploi sont fortement liés à la probabilité d’avoir redoublé.
Impactant psychologiquement: pour bon nombre d’élèves, le redoublement engendre des effets psychosociaux négatifs: démotivation, perte de confiance en soi, sentiment d’infériorité par rapport aux autres camarades qui passent dans la classe supérieure. Cette perception négative du redoublement est nettement renforcée pour les élèves qui se classent eux-mêmes parmi ceux qui présentent des difficultés dans de nombreuses matières.
Enfin, ce redoublement, souvent perçu comme un déclassement, fait partie des facteurs potentiels de décrochage scolaire.
Inadapté pédagogiquement: soyons clairs : dans certaines situations, notamment au lycée, le redoublement peut constituer une « stratégie scolaire mais le risque engagé est important puisque seul un élève sur trois en moyenne parmi ceux qui ont fait ce choix, en tirent véritablement bénéfice.
Rappelons également que dans la plupart des cas, le redoublement est décidé par des équipes éducatives démunies face aux difficultés d’apprentissage de leurs élèves et avec le temps, en l’absence d’alternative, le redoublement s’est imposé comme une modalité du traitement de la difficulté scolaire, avec les résultats que l’on connait.
C’est pourquoi il convient avant toute chose de mettre en place des pratiques pédagogiques de remédiation et de différenciation qui permettent la prise en compte personnalisée des difficultés des élèves.
De nombreux dispositifs dont l’efficacité est attestée existent d’ores et déjà et mériteraient par conséquent d’être développés dans le premier comme dans le second degré: dispositif « plus de maîtres que de classes, stages de remise à niveau, développement des réseaux d’aides spécialisées (RASED), éducation à l’orientation, accompagnement éducatif en éducation prioritaire, accompagnement personnalisé, tutorat… sans oublier la formation initiale et surtout continue des enseignants.
Vouloir aujourd’hui remettre le redoublement aux avant-postes constitue à n’en pas douter une erreur au sens où son coût pour la société – évalué à 1,1 Milliard d’euros – pourrait être consacré à d’autres pédagogies de lutte contre l’échec scolaire bien plus efficaces.
Démocratiser la réussite scolaire, c’est aussi considérer que s’il peut de manière exceptionnelle constituer une réponse aux difficultés des élèves et aux problèmes d’orientation, le redoublement n’en reste pas moins injuste socialement, impactant psychologiquement et inadapté pédagogiquement.
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Source: Actualités du PS

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