L’opendata, littéralement, « données ouvertes » désigne l’utilisation des nouvelles technologies pour faciliter la diffusion de l’information publique. Ce sont des données principalement statistiques, dont disposent les administrations et les services publics du fait de leur activité. Ces données sont de tous ordres : démographiques, économiques (impôts), environnementales (qualité de l’air et de l’eau)… Internet a grandement facilité la diffusion de cette information.Un outil nécessaireL’accès à ces données est nécessaire à l’exercice de notre citoyenneté. Lorsque l’État publie ses données, il permet de nous informer sur son action, sur les décisions prises, et nous permet d’agir ou de réagir en fonction. Le but est surtout pour les citoyens de pouvoir contrôler l’activité de leurs gouvernants, dans la continuité de l’accès pour tous aux archives mis en place à la Révolution.Afin d’assurer la transparence de l’action administrative et l’information des citoyens, la loi du 17 juillet 1978 reconnait à toute personne un droit très large d’obtenir communication des documents détenus par une administration, quels que soient leur forme ou leur support. Ce droit s’exerce à l’égard de toutes les administrations publiques ainsi qu’à l’égard des organismes privés chargés d’une mission de service public. L’accès aux données publiques est en France un droit opposable.Le gouvernement a mis en place la mission Etalab, qui a ouvert en décembre 2011 le site data.gouv.fr, plateforme de mise à disposition de jeux de données. Elle offre à ce jour 13765 jeux de données, provenant en grande partie de données de l’INSEE, et accueille progressivement de nombreuses données publiques des administrations, établissements publics et de certaines collectivités locales. Par exemple, c’est grâce à cette plateforme qu’a pu être réalisé par des camarades le site elections.lepartidegauche.fr qui permet une visualisation des résultats des dernières échéances électorales à différents échelons territoriaux.De nombreux enjeuxSi l’État français s’est lentement engagé sur la voix de la publication de ces données sur internet, la mise en place de cette démarche ne s’est pas faite simplement. Les enjeux sont multiples autour de ces publications. Elles donnent accès à des données qui jusque là échappaient au contrôle citoyen. Toutes doivent-elles être disponibles ? Quelles limites poser à cette publication ? On touche à la première question politique de l’opendata, qui est déjà un enjeu de société.Aujourd’hui, les données publiées sont essentiellement celles disponibles par les voies traditionnelles (statistique, règlements, organigramme,s lois…), augmentées des résultats de certains travaux. Elles ne donnent souvent pas beaucoup de possibilités, et les collectivités locales sont encore très frileuses. Votre municipalité publie-t-elle l’ensemble des informations sur les projets urbanistiques ? Pas seulement une annonce, mais l’ensemble des données disponibles qui vous permettraient de juger de l’intérêt de la construction de ce nouveau stade, de cette nouvelle place, ou la rénovation de tel ou tel bâtiment ? Avec de telles données, vous pourriez vous saisir du projet, dans les conseils de quartiers, peut-être le modifier, ou vous y opposer. Faire de ces données de l’opendata, les publier et les donner libre d’accès à tous, c’est donner les outils aux citoyen-ne-s d’exercer leur pouvoir.Cet accès à des données gratuite de façon massive amène à la question de la gratuité de l’information et du savoir en général dans notre société. Le sujet de l’opendata touche à celui de la propriété intellectuelle, dans le domaine de la recherche scientifique notamment. L’abondance de données libres est un support important pour la recherche dans de nombreux domaines, en médecine, en économie, en géographie, etc. Le manque de données, allié au brevetage de plus en plus important des recherches et découvertes scientifique, retarde la recherche, la fragilise énormément, créant des reculs en cas de disparitions des moyens humains ou matériels correspondants.Il est donc important de pousser au développement de l’opendata dans les collectivités territoriales, là où nos élu-e-s le peuvent. À Grenoble, nos camarades ont nommé une adjointe au maire chargée de l’accès aux données. Sa mission est à la fois de favoriser l’ouverture des données, et de développer le logiciel libre. Les deux vont en effet de pair : pour que des données soient réellement libres, il faut qu’elles soient offertes dans un format numérique librement et facilement exploitable. Il faut entre autre que ce format ne soit pas soumis à licence d’utilisation.Les réticencesLes critiques adressées par ses adversaires à l’opendata sont variées. L’une d’entre elles concerne l’anonymat des données et doit être prise au sérieux. Cependant, un rapport sénatorial récent nous montre que le risque est souvent surestimé : mêmes si elles sont souvent complexes, les techniques d’anonymisation sont maitrisées et utilisées depuis longtemps, notamment par l’INSEE. La critique ne s’applique de toute façon pas à la majorité des données, qui concerne des infrastructures.Les principales oppositions sont donc plus simples : pas le temps, pas l’argent, trop compliqué. Si la diffusion des données est obligatoire, soulignons aussi que son coût est souvent largement surestimé. A Rennes par exemple, selon les salarié-e-s, la mise en place n’a duré en moyenne que les 4 premiers mois, après quoi les nouvelles pratiques ont été intégrées. La plateforme a couté moins de 50 000 €, dont 80% financé par l’État et la région. Cette plateforme peut d’ailleurs être réutilisée librement par d’autres collectivités.Les réutilisations des données sont ensuite multiples. Bien souvent, elles sont trop complexes pour être exploitées tel quel par chacun-e. Mais lorsque des journalistes font leur travail, ils peuvent s’en saisir pour éclairer le débat politique. Partis politiques, syndicats et associations peuvent les utiliser pour mener leurs propres analyses citoyennes. Beaucoup de création ont aussi un simple but pratique : une application pour trouver où attacher son vélo, une autre pour s’informer de la qualité de l’air… Ce type de réutilisations de données est d’ailleurs souvent réalisé bénévolement par des membres de la communauté du logiciel libre. C’est aussi le rôle de la collectivité ou de l’administration qui diffuse les données de mettre en valeur les meilleures réutilisations.L’opendata, et plus généralement la diffusion par l’État et les administrations des informations dont ils disposent dans leurs activités, n’est que la pleine application du principe de contrôle des citoyen-ne-s sur leurs représentant-e-s. Il faut que les citoyen-ne-s disposent des mêmes informations que leurs élu-e-s ou que les fonctionnaires qui appliquent les lois votées. Ce doit être, au côté du référendum révocatoire, un élément de notre projet de VIème République.
Source: Actualités Parti de Gauche

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