L'Argentine refuse de céder aux fonds vautours et elle a raison

Une fois n’est pas coutume, mon éditorial porte sur l’international, plus exactement sur la volonté de la finance d’étrangler l’Argentine.
En 2001, ce pays fait faillite et la seule option pour les créanciers privés est d’accepter une négociation avec abandon de 70 % du montant de la dette. Mais des fonds spéculatifs, représentant 7 % des créanciers, ont refusé cette décote. Cependant ceux qui finalement vont attaquer en justice ne sont pas ceux qui avaient prêté à l’Argentine. Le principal est le fonds Elliott, fondé par le milliardaire américain Paul Singer, et qui a pour spécialité la spéculation sur le rachat de titres de dette, notamment de pays pauvres, lorsqu’ils sont au plus bas. Membre et gros financeur du Parti Républicain américain, porter préjudice à l’Argentine est devenu pour lui une obsession. Il a donc racheté des titres de dette pour une valeur de 48,7 millions de dollars et a ensuite exigé, non seulement le remboursement des titres achetés, mais qui plus est à leur valeur d’origine avant la décote, soit 832 millions ! Il vient de recevoir le soutien de la Cour Suprême des Etats-Unis ! Au total le jugement condamne l’Argentine à payer 1,4 milliard de dollars à 2 fonds spéculatifs. Mais d’autres fonds avaient eux aussi refusé la restructuration de la dette et pourraient donc s’appuyer sur ce jugement pour exiger le même traitement. Dans ce cas ce sont 15 milliards de dollars supplémentaires qui devaient être déboursés. Or le pays n’a pas les moyens de débourser une telle somme. Cela veut dire la faillite.
Ce jugement illustre bien comment le droit américain est conçu pour assurer la domination de l’oligarchie financière. Il préfigure ce qui pourrait arriver si le GMT venait à se mettre en place avec le système des tribunaux d’arbitrage qui permettrait à de tels fonds vautours ou à des multinationales d’attaquer les états au seul profit de la finance. Cela menace aussi tout pays qui voudrait renégocier sa dette. Ainsi à l’avenir d’autres fonds pourraient refuser tout effacement de leurs créances et empêcher par là-même tout plan de restructuration financière. Plusieurs pays d’Europe peuvent donc se retrouver dans cette situation, d’autant que les plans d’austérité imposés par la troïka européenne ont pour principale conséquence de faire envoler la dette dans les pays concernés, Grèce et Espagne par exemple. Nous sommes donc totalement solidaires du gouvernement argentin dans son refus d’appliquer la sentence car cela créerait un précédent extrêmement dangereux. Plus aucune politique d’indépendance nationale ne serait alors possible, rendant les peuples dans l’incapacité de défendre leurs intérêts.
Martine Billard,co-présidente du Parti de Gauche
Source: Actualités Parti de Gauche

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