Si on vous parle de Sablé-sur-Sarthe, vous pensez peut-être à un de ses derniers maires, qui fut aussi de 2007 à 2012 le premier ministre de notre pays. C’est l’inévitable raccourci de l’Histoire, dû à nos mémoires sélectives. Cette petite ville, belle endormie entre rivière et abbaye, conservatrice comme on n’en fait pas, a pourtant élu le 12 mai 1929 le premier maire noir en métropole. Et socialiste, qui plus est.Raphaël Élizé, un petit martiniquais de 11 ans, arrive en France en 1902, aussitôt après la catastrophe de la Montagne Pelée. Un père fonctionnaire. Un grand père esclave affranchi. Une famille qui croit aux valeurs émancipatrice de l’école de la République. Tout s’accorde à forger à cet enfant déraciné une tête pleine de justice sociale et de paix. En juillet 1914 il sort major de l’École vétérinaire, juste à temps pour partir servir au front. Il en revient médaillé, avant de s’installer à Sablé, dans une région d’élevage, plutôt mal desservie en services de soins. L’esprit républicain fait des merveilles, et Raphaël devient successivement président du Comice agricole, des logements sociaux, des anciens combattants, de la Caisse d’Épargne. Un notable…Un notable qui entre en politique par la SFIO. Élu en mai 1929, avec le Cartel des Gauches, il devient le premier antillais maire d’une commune en métropole. Ce n’est pas rien, en cette époque d’intolérance et les folliculaires d’extrême-droite s’en donnent à cœur joie. Ce qui ne l’empêche pas de mener un programme éducatif, culturel, social, sportif tout à fait innovant. Cantine, piscine, terrain de football, maison du peuple et des syndicats, maison de santé, école maternelle, maternité, et ceci sans le paternalisme de bon aloi de certains industriels. Seulement au nom de la République. Les Saboliens vont le réélire en 1935 prouvant ainsi que le 12 mai 1929 n’était pas un accident de l’Histoire !La France de Vichy va mettre un terme à la belle aventure. L’État français ne peut supporter un édile dont la couleur n’est pas vraiment conforme aux diktats de l’occupant. Il ne retrouve pas sa charge en juin 40. Il rejoint alors la Résistance. Arrêté par la Gestapo, il meurt à Buchenwald en février 45.Brigitte Blang
Source: Actualités Parti de Gauche

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