Bruno Retailleau écrit au Soldat inconnu : « Votre silence nous commande l’espérance »

Dans ce courrier imaginaire écrit pour Le Figaro, le ministre de l’Intérieur rend hommage à « la France qui demeure », comme cette flamme entretenue en mémoire du courage et du sacrifice.

D’où veniez-vous ? Que vouliez-vous, qui aimiez-vous, qu’espériez-vous ? En somme, qui étiez-vous avant de devenir nous tous ?
Vous que nous ne connaissons pas, mais grâce auquel nous savons l’essentiel. Grâce à vous, nous savons que de Bouvines à Verdun, des bâtisseurs de cathédrales aux reconstructeurs de l’après-guerre, toujours la France fut faite et refaite par la sueur et le sang de ces millions de Françaises et de Français dont la postérité n’a pu retenir les noms.
Grâce à vous, nous savons qu’à l’image de cette flamme qui surplombe votre dépouille, le feu de nos gloires fut allumé par la foule des humbles. Et que ces gloires subsistent. Et que ces humbles existent. Encore aujourd’hui.

Car comme vous, des Français consentent à des sacrifices méconnus. Ils sont policiers ou paysans, professeurs ou chefs d’entreprise, soignants ou artisans, dirigeants d’associations ou élus locaux. Chaque jour, voici qu’ils surgissent de la tranchée des adversités pour enfoncer les lignes de la fatalité. Autorité, souveraineté, prospérité, fraternité. Ils sont les courageux qui tiennent à bout de bras ce qui tient encore la France, malgré les difficultés et les lâchetés, les renoncements et même, parfois, les trahisons.
Peut-être me diriez-vous qu’il y a sacrifice et sacrifice. Que le courage au feu, sous l’orage d’acier qui déchire les corps et terrifie les âmes, ne souffre d’aucune comparaison. Que rester droit dans les difficultés du quotidien est une chose, mais que rester fort face à l’horreur en est une autre. Que le confort que nous autres avons gagné nous a fait perdre jusqu’au sens des priorités, au point d’avoir parfois préféré la société de consommation à la défense d’une civilisation.
Oui, vous pourriez me rétorquer cela. Et vous auriez raison. Raison de souligner combien la double empreinte de l’insouciance et de l’amnésie a estompé en nous le tragique de l’Histoire. Il signe cependant son retour alors qu’à l’est de l’Europe, d’autres tranchées ouvrent de nouveaux sillons de larmes et de souffrance.

Pourtant, sans avoir connu le pire, nombreux sont les Français qui se reconnaissent en vous. Chaque année, le cortège des silencieux répète les gestes immuables des gratitudes nationales : des corps qui s’inclinent devant un monument aux morts, des cœurs qui s’unissent au chant d’un hymne, des âmes qui se soulèvent pour un drapeau. Invariablement, les mêmes couleurs éclairent les mêmes ferveurs. Et la France qui demeure. Et pour elle, d’autres Français qui meurent, dans le feu de nos opérations extérieures ou dans la lutte contre la violence barbare.
Ces grands morts nous grandissent. Ils illuminent la nuit de nos faiblesses, ils secouent la torpeur de nos paresses. Ils apportent la preuve que les individualismes n’ont pas tout éteint, qu’il existe encore parmi nous des milliers de compatriotes prêts à tout donner pour la patrie, qu’ils soient nés ici ou bien venus d’ailleurs.

Vous-même, quelles étaient vos ascendances ? Étiez-vous un fils de la ruralité française, ou bien l’enfant d’une immigration lointaine ? Qu’importe votre généalogie. Vous pourriez bien être un fantassin poitevin ou un tirailleur sénégalais que cela ne changerait rien : la France est une patrie généreuse qui s’offre à tous ceux qui veulent bien la faire leur, pourvu qu’ils l’aiment et qu’ils consentent à lui rendre une part de ce qu’ils ont reçu d’elle.
La patrie, vous l’aimiez hier sans doute, autant que cette France des honnêtes gens qui croient encore aujourd’hui à la France. Ce peuple des anonymes ne vit pas d’illusions apatrides, mais de ce dont vous avez vécu, avec vos frères d’armes : une combativité nourrie par un même sentiment d’appartenance, un sens du devoir partagé dans la conscience d’un même destin commun.

Dans cette mêlée boueuse et tueuse de la Grande Guerre qui aura enseveli sous les mêmes décombres l’ouvrier et le notable, fait boire à l’eau de la même gourde le bouffeur de curés et le pilier de sacristie, une nouvelle concorde fut modelée. Son legs nous rassemble toujours, malgré nos déchirures. Qu’un attentat islamiste ensanglante Paris ou qu’un nouvel antisémitisme blesse le pays, et c’est tout un peuple qui bat ensemble le pavé de l’union sacrée. Nous sommes le fruit de l’unité française.
Bien sûr, la France que vous avez connue a subi des bouleversements d’une intensité et d’une rapidité comme jamais dans son histoire. Pour le meilleur comme pour le pire. Ce pays, le reconnaîtriez-vous ? Et seriez-vous de ceux qui, pleurant sur des ruines, affirment que la France n’est plus la France ?
Nul n’a le droit de faire parler les morts. Mais les morts ont des droits sur nous. Ceux qui sont tombés pour la France ont le droit d’exiger des Français d’aujourd’hui qu’ils la relèvent.

Pour ma part, je veux croire que sous l’Arc du Triomphe, votre silence nous commande l’espérance. Que vous nous sommez de ne pas confondre le souvenir et la nostalgie. Que vous nous ordonnez de panser les blessures françaises, non de gratter nos plaies en gémissant. Parce que la France est un élan vital, pas un chant sépulcral. Toujours, notre pays restera ce prodige de l’histoire des hommes, capable, du fond des plus sombres chaos, des plus beaux sursauts.

Est-ce un murmure d’espoir qu’en tendant bien l’oreille, nous entendons s’échapper de vos lèvres closes ? Quant à moi, je le crois.

Pour qu’au nom du Soldat inconnu, la France continue.

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