Nouvelle Nouvelle-Calédonie : un pays, deux systèmes ?

Un accord historique a été conclu le 12 juillet 2025 en Nouvelle-Calédonie. La classe politique respire, soulagée de voir un compromis émerger entre les forces loyalistes et les forces indépendantistes kanaks.

Pourtant, la question doit se poser de savoir si cet accord – sous-titré « le pari de la confiance » – est véritablement un gage de paix durable, ou un marché de dupes.

Si les loyalistes ont signé cet accord, c’est parce qu’il n’acte pas l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie en la maintenant dans la République Française. De plus, le corps électoral sera dégelé, ce qui veut dire que les personnes arrivées sur l’île depuis les accords de Nouméa pourront voter. Aujourd’hui les kanaks représentent 41% de la population (recensement 2019), les européens 24%, le reste venant des autres îles environnantes. Pour mémoire, dans le corps électoral gelé, la proportion était de 46-48% de kanaks, 34-36%% de caldoches, mais les zoreilles, arrivés de métropole ne pouvaient pas voter. Les non-kanaks font le pari que ce dégel ancrera donc l’île dans la République Française. Néanmoins, ce dégel n’est pas prévu pour 2026 de manière claire et directe ; il se déploie en plusieurs étapes, avec un élargissement progressif.

De leur côté, si les indépendantistes ont signé cet accord, c’est parce qu’il lui offre la reconnaissance officielle dans la constitution française d’un « État néo-calédonien » et d’une « nationalité néo-calédonienne ». Le futur Congrès pourra ainsi adopter un drapeau et un nom différents de ceux actuels. Cet accord permet donc de mettre en place tous les éléments d’une indépendance sans aller jusqu’au bout. Du reste, dans le préambule du texte, il est inscrit une “trajectoire conduisant à la souveraineté”, sorte d’horizon politique pour le camp indépendantiste.

On pourrait presque reprendre la formule « Un État, deux systèmes » de Deng Xiao Ping (1997) au sujet de Hong-Kong, en l’adaptant : « un pays, deux systèmes ». La fiction n’a pas duré. La question est donc : jusqu’à quand ?

Pour que cet accord réussisse, il faudrait que chaque partie soit consciente que ce paradoxe fait traité n’a de sens politique que si dans le fond, les deux communautés ont compris qu’elles n’obtiendraient pas la totalité de ce à quoi elles aspirent. Les indépendantistes feront comme si la Nouvelle-Calédonie était indépendante, et les loyalistes comme si l’île était totalement intégrée à la France.

Si en revanche, chacune ne voit dans cet accord qu’une étape transitoire vers quelque chose de plus pur, cet accord ne fera que repousser dans le temps d’inéluctables affrontements entre deux peuples qui n’ont pas la même vision de leur île.

En attendant, le prix à payer est la cohérence de la France.

Cohérence politique. Cet accord nie d’abord les résultats des trois référendums, c’est à dire que la volonté populaire est écartée au nom de la concorde. Les trois référendums ayant été négatifs, on devait donc rentrer dans le droit “commun” de l’article 74 de la constitution des collectivités d’outre-mer. Ce n’est pas la solution retenue qui crée un statut sui generis, reconnaissant de facto que la violence des indépendantistes a fait reculer Paris.

Cohérence juridique. En créant deux nationalités pour deux États au sein d’une même République on abolit plusieurs éléments d’un continuum politique : l’État-nation, la République une et indivisible. On va plus loin que la double citoyenneté. Pour Jean-Éric Schoettl, c’est une solution qui rappelle les solutions imaginées en 1958 pour garder les anciens États coloniaux dans la « Communauté française ». Néanmoins, nos ennemis extérieurs pourraient en profiter. Demain, certains pays ne vont-ils pas reconnaître l’indépendance de l’île ? Que fait-on si la Chine y ouvre une ambassade ?

Cohérence institutionnelle. Les Néo-calédoniens ont brisé le principe d’État-nation centralisé et jacobin en obtenant un État de facto au sein de la République. L’accord créé une sorte de Commonwealth dont Emmanuel Macron est le Roi honorifique. Corses, bretons, basques, alsaciens, normands, béarnais, franc-comtois, vendéens, provençaux demain pourraient vouloir le même régime.

Qu’on le déplore ou qu’on s’en félicite, la Nation a été créée par l’État en France. Ce continuum n’est pas une coutume, c’est son ADN. Aller à son encontre, c’est donc détruire l’idée même de la France. Il faudra donc être intransigeant sur les principes quand viendra l’heure de la réforme constitutionnelle.

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