Gaël Perdriau: « Nous devons en finir avec la société de la concurrence pour faire émerger la société de l’émulation »

Le maire de Saint-Etienne et vice-président Les Républicains propose, dans une tribune au « Monde », « un autre contrat social et républicain aux Français » qui placerait la finance au service du développement social.
La fragmentation de la société, constatée quotidiennement par les maires, est le fruit d’un virage libertaire pris, dans les années 1980, par une classe politique séduite, progressivement, par le mirage de l’efficacité absolue du secteur privé par rapport au secteur public. La société de la concurrence est issue de cette logique poussée à son extrême car elle tient pour une évidence l’efficacité du secteur privé par rapport au secteur public sans jamais s’interroger sur les spécificités de deux secteurs. Si le premier obéit à une logique de court terme, donc de maximisation naturelle du profit, le second recherche la mutualisation, à long terme, des risques et des biens publics au profit du plus grand nombre, ce qui n’implique pas obligatoirement la rentabilité.
Des logiques fondamentalement différentes, obéissant à des légitimités propres qui, sans être complètement exclusives l’une de l’autre, sont difficilement conciliables à long terme. Croire que la traque des coûts, devenue le seul credo de l’entreprise privée, serait transposable à l’ensemble du secteur public était une chimère. D’autant plus dangereuse qu’elle touche désormais toutes les politiques régaliennes − santé, sécurité, justice ou éducation −, provoquant et accélérant l’implosion intellectuelle d’une société en perte de repères et prête à emprunter tous les chemins au nom d’une stabilité perdue.
Impasse mortelle
La pandémie actuelle ne fait que révéler l’étendue du désastre et les faiblesses des choix d’Emmanuel Macron, dernier d’une longue liste de responsables politiques aveugles. Voilà comment sombre la liberté.
L’économie, en se financiarisant, perd, elle aussi, ses repères sociaux et environnementaux. Progressivement, la recherche de l’efficacité extrême a ainsi gommé les dimensions de citoyen et salarié, au profit de celles de producteurs et consommateurs. L’utilitarisme a supplanté toute vision collective, faisant de la société le lieu de la concurrence directe entre les individus. Voilà comment sombre l’égalité.
L’Etat moderne, issu des Lumières, fonctionnait en admettant, au nom du compromis social, des équilibres sous-optimaux. Désormais, il repose sur un jeu à sommes nulles où tout ce qui est perdu d’un côté est absorbé de l’autre. La modération salariale ou la faiblesse de l’investissement nourrissent ainsi la rentabilité financière.
L’affrontement entre l’Homo economicus et le citoyen favorise la lente montée de la violence des rapports sociaux au moment même où la crédibilité de la parole publique ne cesse de reculer. Comment pourrait-il en être autrement puisque autrui n’est plus un semblable mais un ennemi ? Voilà comment sombre la fraternité.
La société de la concurrence enveloppe d’un linceul les valeurs républicaines disparaissant, peu à peu, dans la folie d’un système financier ivre de sa toute-puissance.
Alors, comment sortir de cette impasse mortelle pour notre société ? Comment renouer avec l’esprit véridique de l’humanisme libéral et républicain ? Comment retrouver ce point d’équilibre indispensable entre les aspirations de chacun et le vivre-ensemble ?
Dépasser les clivages
Nous devons proposer un autre contrat social et républicain aux Français. Nous devons en finir avec la société de la concurrence pour faire émerger la société de l’émulation. La comparaison avec autrui doit cesser d’être un combat à mort, pour que chacun puisse trouver les raisons de devenir meilleur. Pas nécessairement « le » meilleur. La nuance est importante car elle permet de voir dans l’autre, non un ennemi, mais une référence.
La destruction, indispensable dans la logique, poussée à son paroxysme, d’une société de la concurrence, est absurde dans la société de l’émulation car elle en constituerait alors la négation.
En adoptant ce nouveau modèle, nous retrouverions le chemin du long terme, redonnant toutes sa pertinence à l’économie, par le juste dimensionnement de la finance, simple outil au service du développement social. Nous cesserions aussi d’opposer vainement, entre eux, des pans entiers de la société favorisant l’émergence d’une nouvelle lutte des classes au moment même où le vieux marxisme a perdu toute légitimité philosophique, politique ou sociale.
La société de l’émulation est un véritable choix de société, dépassant les clivages qui opposent traditionnellement les modèles libéral et marxiste, et ouvrant une troisième voie possible entre les deux. Elle retrouve le sens des valeurs républicaines dans une logique de long terme affranchie de la dictature du court terme en replaçant l’homme au centre de la réflexion et de l’action publiques.
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Source: Actualités LR

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