François-Xavier Bellamy : « Les fleurs et les bougies n’ont jamais gagné une guerre »

Le parlementaire dénonce la « vacuité » du projet de loi sur le séparatisme voulu par Emmanuel Macron et invite les musulmans à « choisir pleinement » la France.
Que dit l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty sur la société française face au terrorisme islamiste ?
Elle dit ce que nous savions déjà : la liberté est profondément menacée. On peut désormais payer de sa vie un cours donné dans un collège de la République. Après des militaires, des journalistes, un prêtre, assassinés pour ce qu’ils étaient et ce qu’ils incarnaient, c’est au tour d’un professeur, mort d’avoir fait son métier : tout ce qui a fait la France est ciblé.
Les Français doivent-ils se résigner à vivre des cycles récurrents de colère, d’indignation et de recueillement en attendant de nouveaux drames ?
Nous n’avons pas le droit de nous habituer ; il faut s’interdire d’apprendre à vivre sous la menace permanente. Il y a plus dangereux qu’un attentat, c’est une série d’attentats. C’est par cette répétition que l’islamisme veut asphyxier la liberté. Dans une étude récente de l’IFOP, 40% des professeurs déclaraient déjà s’autocensurer dans leurs cours pour éviter des incidents… Comment attendre d’eux qu’ils prennent le risque d’enseigner normalement l’histoire, la philosophie, la biologie, quand la moindre susceptibilité peut les conduire à être accusés d’islamophobie, à subir le soupçon de leur propre institution, et désormais à courir le risque de le payer de leur vie ? Il est temps de se ressaisir : nous avons non seulement le droit, mais le devoir de défendre nos libertés, et en particulier la liberté pédagogique, née il y a des siècles avec les universités médiévales en Europe. Mais comme dans bien d’autres périodes de notre histoire, cela supposera de combattre et de prendre des risques : les fleurs et les bougies n’ont jamais gagné une guerre.
Vous appelez une réaction mais ne venons-nous pas d’entendre un discours d’Emmanuel Macron sur le séparatisme islamiste promettant de nouvelles mesures ?
J’ai toujours pensé que le mot « séparatisme » était une nouvelle version du déni, une pudeur devenue plus imaginative pour tenter de garder les yeux fermés sur notre ennemi, qui a pourtant un nom très clair : l’islamisme. Croire que nous avons affaire à un séparatisme, c’est encore se rassurer à bon compte en considérant que nos adversaires se contenteront de cultiver les marges dans lesquelles ils se sont imposés. Mais en vérité, l’islamisme ne veut pas rester aux marges. Il veut tout, nos libertés et notre conscience. Il exige notre silence, et, comme le prouve l’assassinat de Samuel Paty, il viendra nous chercher si nous le lui refusons. Il fera la guerre tant que nous n’aurons pas tout cédé, absolument tout. Le gouvernement croit combattre un scénario de « séparation » , parce qu’il persiste dans l’illusion sur la réalité du danger mortel auquel nous faisons face. Et c’est bien ce dont témoigne la vacuité de cette nouvelle loi sur le séparatisme.
Gérald Darmanin ne vient-il pas d’exiger l’expulsion de 231 étrangers radicalisés ?
Le ministère de l’Intérieur annonce avec un air martial qu’il va, parmi les individus fichés pour radicalisation à caractère terroriste, « expulser 231 étrangers expulsables » : mais c’est normalement le travail élémentaire qu’il est chargé d’assurer ! Pourquoi faut-il attendre qu’un professeur soit décapité pour « expulser des expulsables » ? Cette annonce révèle seulement l’ampleur de l’incurie générale… Comment se fait-il que des imams de nationalité étrangère puissent continuer de prêcher la haine de la France sans être immédiatement arrêtés ? Que si peu de mosquées salafistes soient fermées ? Nous avons vu le rôle joué par la mosquée de Pantin dans le lynchage de Samuel Paty : comment se fait-il qu’elle soit encore en activité, malgré les personnalités connues de l’écosystème islamiste qui la fréquentent ? Tous ceux qui ont appelé à la vengeance contre celui qui exerçait la fonction la plus importante dans notre pays doivent être sanctionnés.
Comment jugez-vous la réaction de la communauté musulmane ?
La communauté musulmane est aussi le terrain de jeu de la bataille idéologique qui se livre aujourd’hui. Il faudrait que tous les musulmans de France disent, sans équivoque, leur horreur devant ces crimes. Mais comme dans le cas de la jeune Mila ou de votre confrère Judith Waintraub, toutes deux menacées de mort pour leur critique de l’islamisme, bien des condamnations ressemblent à des excuses : après avoir dénoncé l’idéologie qui avait conduit à l’assassinat de Samuel Paty sur les réseaux sociaux, j’ai vu fleurir de nombreux commentaires en réponse prétendant que, d’une certaine manière, l’enseignant l’avait un peu cherché. Un article dans vos colonnes a raconté comment, le soir même de la mort du professeur, bien des jeunes devant son collège relativisaient l’événement en prêtant à la victime une part de responsabilité : « Il a insulté notre prophète. » Tout cela n’est pas nouveau : après les attentats de Charlie Hebdo, la minute de silence organisée dans les établissements scolaires avait été l’objet de troubles dans de nombreux quartiers… L’islamisme cherche à prendre en otage la communauté musulmane : nous devons mener le combat pour desserrer l’étau qui pèse sur elle, mais cela suppose aussi que les musulmans de notre pays reconnaissent qu’ils ont un rôle à jouer : puisque c’est au nom de l’islam qu’on tue, il leur appartient de dénoncer avec force cette violence sans équivoque et de choisir pleinement la France. Et ceux qui ne voudront pas épouser notre culture, nos lois et notre goût de la liberté sont bien sûr libres d’aller vivre dans des pays qui correspondent à leurs aspirations.
Mais comment le politique peut-il régler ce problème ?
Le politique n’a pas à s’immiscer dans un débat sur la nature de l’islam. Le premier rôle du gouvernement, c’est simplement de faire appliquer la loi partout sur le territoire national. Expulser les étrangers en situation irrégulière, mettre un terme à la fraude sociale, identifier et détruire les réseaux de radicalisation, mener une lutte implacable aux trafics de drogue qui gangrènent les quartiers et financent le terrorisme : bref, arrêter de baisser les bras et de reculer. Les territoires perdus de la République ont été identifiés depuis longtemps, dans la passivité de l’État et le silence des élites ; maintenant, il est temps d’agir. Le deuxième défi fondamental est celui de l’éducation, clef de toute victoire future si nous voulons travailler sur le long terme…
N’est-ce pas ce que préconise le chef de l’État lui-même quand il parle de l’apprentissage des langues ou de la création d’un institut scientifique d’islamologie ?
Quelle erreur majeure ! Le président de la République n’a pas à entrer en négociation avec l’islam, à offrir des concessions. Nous n’avons rien à concéder. Parce que des attentats ont eu lieu, l’État devrait verser des millions d’euros dans des chaires d’islamologie ? Imaginons un seul instant que le chef de l’État parle de financer la formation des prêtres catholiques… C’est un naufrage intellectuel. Comment Emmanuel Macron peut-il affirmer que la civilisation musulmane « fait partie de la France » , après avoir dit aux Bernardins en 2018 qu’il était hors de question pour lui de parler de nos racines chrétiennes ? Ce nouveau recul a des conséquences concrètes, sur le terrain éducatif en particulier : l’urgence aujourd’hui, si nous voulons vraiment éviter la fracturation communautariste de notre société, n’est pas d’augmenter l’enseignement de l’arabe, mais de garantir enfin l’enseignement du français. La langue de tous les élèves de France, c’est le français ; d’autres langues vivantes font partie de l’enseignement, mais il n’y a absolument aucune raison d’accorder un traitement spécifique à l’arabe. Il ne doit pas exister plusieurs communautés linguistiques dans notre pays. Le vrai défi est de faire en sorte que chaque jeune qui grandit en France se sente français par la culture, la langue, le sentiment d’appartenance, l’amour d’un patrimoine commun et le même émerveillement devant ce que notre pays nous lègue. La bataille des cœurs n’est pas perdue ; mais il faut la mener vraiment. Cela ne suppose pas de reculer pour essayer de se faire aimer, mais au contraire d’affirmer la valeur de ce que nous avons à transmettre et à recevoir ensemble.
De tels objectifs vous semblent-ils accessibles ?
Je ne suis pas du tout optimiste et, pour être très honnête, je me demande même s’il n’est pas déjà trop tard. Il est possible que la fracturation de notre société soit désormais définitive, qu’elle ait été rendue inéluctable par les flux migratoires massifs qui durent depuis longtemps, et ont atteint sous ce gouvernement une ampleur historique. En 2019, plus de 300 000 titres de séjour ont été délivrés : c’est l’équivalent de la ville de Bordeaux qui chaque année s’installe légalement en France. Comment remédier à l’archipélisation de notre pays quand une telle population, issue très majoritairement de pays musulmans, continue d’arriver dans des quartiers déjà largement communautarisés ? Peut-être est-il trop tard ; mais la politique consiste à relever même des défis qui paraissent insurmontables. Et si nous avons encore une chance de reconstruire, alors cela vaut la peine de s’y donner totalement.
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Source: Actualités LR

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