Gérard Larcher : « On a géré la pénurie par l’approximation »

Gérard Larcher, président du Sénat, pointe la « confusion » dans la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement. Et met ce dernier en garde quant au rôle des élus dans le déconfinement : « Les territoires ne sont pas des supplétifs, ils sont des partenaires. »
Que pensez-vous de la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement ?
Cette crise a pris tout le monde de court. Il faut donc faire preuve d’humilité et de prudence. J’ai entendu beaucoup de préconisations hasardeuses. On a géré la pénurie, le manque de masques et de tests par l’approximation, et parfois par l’omission. Les Français pensent qu’on ne leur a pas dit la vérité. On ne pouvait pas leur dire que le port du masque était inutile. On ne pouvait pas leur dire que le dépistage massif n’était pas indispensable. Certes, il est toujours facile de jeter la pierre, mais je crains que cette confusion ait un peu plus contribué à une société de défiance vis-à-vis de la parole publique, y compris scientifique.
Faut-il rendre le port du masque obligatoire ?
Les Français l’exigeront. Pour sortir du confinement, il faut un certain nombre de préalables. Parmi eux, il y a les gestes barrière et le port du masque. Les autres préalables, ce sont les tests virologiques et sérologiques.
La France sera-t-elle prête le 11 mai ?
C’est indispensable. Mais il y a trois autres exigences: progressivité, territorialisation et réactivité. Le 11 mai, ce ne sera pas le retour à la vie d’avant le 17 mars. Un déconfinement désorganisé ferait courir un risque majeur à nos compatriotes et à notre système de santé. La réponse ne peut être que dans la différenciation. Si elle est la même partout, le risque d’échec est majeur. La gestion doit être déconcentrée : les préfets doivent avoir autorité sur tous les services de l’Etat. Elle doit aussi être décentralisée. Sans les Régions, on ne sait pas relancer l’économie, gérer les transports et les lycées. Sans les départements, on ne sait pas faire rentrer les élèves dans les collèges et gérer le médico-social, et particulièrement nos aînés. Et, bien sûr, rien ne sera possible sans l’action de proximité des maires. Enfin, il faudra aussi savoir être réactifs pour ajuster la procédure et éviter une « réplique ». Faisons-nous confiance. Ayons l’esprit « Etat et territoires unis ». Les territoires ne sont pas des supplétifs, ils sont des partenaires.
Soutenez-vous la mise en oeuvre d’une application de traçage ?
Cette méthode mérite d’être analysée et approfondie car elle ouvre un débat entre libertés et efficacité. C’est un sujet éminemment politique, pas seulement sanitaire. Il ne doit pas être laissé aux seuls experts ! Je suis un pragmatique ; le traçage, pourquoi pas ? Mais si nous n’avons ni masques ni tests, il ne nous protégera pas du Covid. C’est pourquoi j’ai demandé au président de la République qu’il y ait un débat global sur le déconfinement. Nous l’aurons au Sénat, au plus tard le 5 mai.
Le 14 avril, vous réclamiez des « arbitrages » sur le déconfinement. Les pistes restent floues…
La concertation a débuté et il faut lui laisser le temps nécessaire. Les prises de parole incessantes et contradictoires troublent les Français. Lors de la présentation du plan par le gouvernement, il ne devra y avoir aucune ambiguïté sur le phasage, laprocédure, les besoins, les moyens etle rôle des territoires.
Emmanuel Macron a ouvert la porte à une union nationale. Allez-vous saisir cette main tendue ?
Je suis pour l’unité nationale dans cette période de crise sanitaire aiguë. L’unité nationale, ce n’est pas le renoncement à l’expression des différences. La démocratie ne peut pas être mise entre parenthèses. Je suis toujours inquiet qu’on veuille réduire l’espace démocratique, car cela favorise toujours l’émergence des populismes. Mais, sur un certain nombre de sujets, nous avons été et serons solidaires. Nous l’avons démontré en votant une loi d’urgence sanitaire et deux projets de loi de finances rectificatives. Nous devrons bientôt prolonger la loi d’urgence votée le 23 mars. Ce sera l’occasion de l’évaluer et de l’ajuster.
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Source: Actualités LR

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