Bruno Retailleau : « La diplomatie des bons sentiments est un fiasco »

En rupture avec Emmanuel Macron sur le dossier algérien, l’ancien ministre de l’Intérieur réclame la dénonciation de l’accord de 1968 et de ses « avantages exorbitants ».

Les rapporteurs ont eu le plus grand mal à évaluer le coût de l’accord de 1968. Comment l’expliquez-vous ?

Je salue ce travail qui est important dans la perspective d’une dénonciation future de l’accord franco-algérien à, laquelle je suis favorable. Si les données manquent, c’est parce que nous n’avons pas suffisamment de statistiques par nationalités, ce qui n’est pas normal, sachant que les Algériens constituent la première population étrangère en France. Cependant, ce que montre ce rapport est déjà lourd d’enseignement. Les accords de 1968 ont privilégié une immigration non pas de travail mais de peuplement, peu qualifiée, et très concentrée géographiquement sur le Maghreb. En effet, l’immigration algérienne est avant tout de nature familiale : 53% des Algériens venus depuis vingt ans l’ont fait dans ce cadre, et non pour venir travailler. D’ailleurs, leur taux de chômage est le double de la population générale. Les Algériens bénéficient également largement de notre système de santé et des droits sociaux garantis aux Français, sans condition de durée de résidence, contrairement aux citoyens européens.

Le président de la République mise sur une stratégie de « riposte graduée » : ciblant les membres de la nomenklatura algérienne. Cela vous paraît-il suffisant ?

C’est moi qui ai proposé cette stratégie, dès février 2025. Il aura fallu que je bataille pendant six mois pour imposer cette ligne de fermeté. Il faut maintenant que cette ligne soit vraiment assumée, et c’est à l’Elysée et au Quai d’Orsay qu’il revient de déployer les mesures que je n’ai cessé de proposer. C’est sans doute le dossier où je me suis senti le plus en décalage avec le président de la République.

Proposez-vous de dénoncer ces accords, au risque d’une crise ouverte ?

Mais la crise est déjà ouverte ! Cela fait des années que le régime algérien s’essuie les pieds sur notre pays. Ouvrons les yeux : la diplomatie des bons sentiments est plus qu’un échec, c’est un fiasco. Les privilèges que nous accordons aux Algériens n’ont plus lieu d’être. L’immigration algérienne doit revenir dans le giron du droit commun. Et c’est pourquoi, si la droite vient au pouvoir en 2027, elle devra immédiatement remettre en cause ces accords de 1968. C’est ma conviction et celle d’une immense majorité de Français. Je ne vois pas au nom de quoi les Algériens bénéficieraient d’avantage aussi exorbitants. Je le vois d’autant moins que, aujourd’hui, l’Algérie refuse de reprendre ses ressortissants dangereux, en violation du droit international.

Diriez-vous que nous avons toujours une relation privilégiée avec l’Algérie ?

Aucune douleur de l’Histoire ne peut justifier que la France soit constamment humiliée par le régime algérien. Nous retrouverons une relation apaisée quand l’Algérie cessera le chantage mémoriel, reprendra ses ressortissants dangereux, en finira avec l’ingérence permanente et la politique de la prise d’otage : je pense évidemment à nos deux compatriotes, Boualem Sansal et Christophe Gleizes. Je salue d’ailleurs l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, qui a élu Boualem Sansal.

>> Lire l’interview sur LePoint.fr

L’article Bruno Retailleau : « La diplomatie des bons sentiments est un fiasco » est apparu en premier sur les Républicains.

Webmaster

Leave a Comment
Partager
Posté par
Webmaster

Derniers articles

À l’hôtel Crillon, le ministère du travail vient au secours de la direction pour licencier le représentant du personnel !

Nourdine Seddik est voiturier au luxueux hôtel Crillon. Harcelé par sa direction depuis des mois,…

janvier 30, 2026

Tchad : Macron ferme les yeux sur la répression et réactive la Françafrique

Communiqué du groupe LFI à l’Assemblée nationale Le président tchadien est reçu aujourd’hui, jeudi 29…

janvier 29, 2026

Territoire zéro chômeur de longue durée : le gouvernement piétine la démocratie et l’emploi digne.

Communiqué du groupe LFI. Alors que l’Assemblée nationale s’apprêtait à enfin débattre de la pérennisation…

janvier 29, 2026

Vincent Jeanbrun veut transformer l’hémicycle en plateau CNEWS, il doit partir !

Communiqué du groupe LFI Cet après midi notre député François Piquemal a interrogé le ministre…

janvier 27, 2026

Vente d’Exaion : la souveraineté numérique du pays encore enterrée par Macron ?

Communiqué du groupe LFI La Direction générale du Trésor propose au Gouvernement d’autoriser la vente…

janvier 27, 2026

Carte municipale famille monoparentale : les insoumis reconnaîtront toutes les familles

À quelques semaines des élections municipales, les candidat·es insoumis·es continuent de présenter leur programme.  Les…

janvier 27, 2026